Focus sur Gina Monte-Corges.

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 Je remercie Gina Monte-Corges d’avoir répondu à mes questions. Ses réponses sont très intéressantes et j’espère qu’elles attiseront votre curiosité !

 

1/ Quelle est la genèse des aventures de Carole ?

 

Carole est sortie tout entière de mon imagination, elle ne fait référence à personne, si ce n’est à moi-même, mais comme une sorte d’opposé, de contraire. Elle est tout ce que je ne suis pas, un fantasme. Il est des fantasmes qu’on ne peut se résoudre à réaliser, ils construisent notre imaginaire, j’ai pu lui donner plus de profondeur et de matière, je l’ai extraite de mon cortex pour l’offrir au plus grand nombre. J’éprouve un plaisir incessant à la faire évoluer dans des périples amoureux.

 

2/ Dans le prologue du premier volume « les 2 Carole » vous dites : « Pour certains, l’érotisme c’est ennuyeux, pour d’autres le porno, c’est vulgaire, j’aimerais avec l’histoire de Carole mettre terme à ces deux postulats. » Quel message voulez-vous passer dans vos nouvelles auprès du lectorat ?

Il y a de manière évidente une ligne de démarcation entre érotisme et pornographie, évoquer la sexualité c’est se poser la question incessante de savoir dans laquelle de ces deux catégories on se situe. Choisir l’érotisme, c’est se censurer, poser des limites à son champ narratif, je ne le souhaitais pas, mais je ne voulais pas non plus que les lecteurs puissent avoir des préjugés, puisque dans l’esprit de nombreuses personnes, pornographie rime forcément avec vulgarité, pourtant il m’est arrivé de voir des films X d’où transpirait un onirisme certain et j’ai vu des films érotiques consternants de grossièreté. Je veux juste que les gens qui me lisent aient un regard désencombré de ces codes, je parle de volupté, de désirs, de fantasmes, de jeux de sexes, je veux que mes lecteurs et lectrices prennent du plaisir en me lisant. J’ai juste voulu briser cette « frontière » astreignante.

 

3/ Justement érotisme/pornographie : y a t-il pour vous une différence notable ?

 L’érotisme conjugue les corps mais doit nous faire oublier les sexes, ils doivent se camoufler comme si leur présence était disgracieuse, pourtant, je trouve qu’un sexe d’homme en érection est un joli spectacle, que les nymphes offertes entre deux cuisses ouvertes peuvent être sublime. J’aime sentir la sueur, la salive, le foutre ! Cependant, on nous a imposé un postulat quasi rédhibitoire, l’acte amoureux est esthétiquement acceptable, tant que les sexes restent dissimulés. L’érotisme n’est en fait pas antinomique de la pornographie, ils sont parfois très complémentaires. Je pense à une actrice comme Maryline Jess actrice pornographique dont chaque atome dégageait pourtant un érotisme subjuguant. La pornographie n’est jamais que la grande sœur sans tabous de l’érotisme.

 

4/ Vous mettez Carole au centre de l’attention : héroïne badasse ou héroïne ultra-féminine assumée ?

 

Carole se veut être une métaphore, celle d’une forme de féminisme (le genre féminin est trop vaste pour le limiter à un seul personnage) Elle incarne l’évolution de la femme dans la pornographie. Elle naît dans la libération sexuelle, tenue jusqu’alors à des codes moraux, elle est comme ces actrices qui se sont désinhibées et qui ont osé assumer leurs fantasmes. Quand on pense qu’il y a encore peu de temps, la nymphomanie se traitait comme une pathologie, une maladie mentale d’une gravité extrême. Carole se révèle donc cette part d’elle-même qui devient addict et incontrôlable, le premier volume est cette illusion de schizophrénie qu’elle réussit à mettre à bas, elle assume sa part d’ombre, l’autre Carole, celle qui se dissimulait sous le niqab de la sagesse. Elle va enfin se mettre à nu, au sens propre comme au sens figuré. Elle assume son penchant pour la luxure en toute liberté. Cependant, tout ne pouvait pas être aussi simple, et à l’instar de ces actrices qui à la fin des années 60 se libèrent du carcan moral pour vivre l’expérience grisante du X, elle va être rattrapée par le système qui va trouver dans ce genre cinématographique, un vrai eldorado financier, les femmes vont devenir objet de consommation, essentiellement de mâles qui refoulent leur misère sexuelle, on passe de l’âge d’or aux ténèbres, idem pour Carole qui va subir la toute-puissance de Berg, le docteur qui la manipule pour en faire son objet personnel, sa nymphomanie ne lui appartient plus. Elle s’est libérée des censeurs de la morale religieuse pour tomber dans les mains de producteurs mercantiles. Elle devra se libérer à nouveau de cette emprise, bien plus puissante, quasi omnipotente.

 

5/ Vous explorez avec Carole un large panel d’expériences sexuelles. Décrivez-vous les fantasmes des femmes ?

 

Je décrie déjà une partie des miens. À mes lectrices de me dire si elles s’y retrouvent. Je suis assez surprise dans mes échanges avec les lectrices de trouver des femmes qui s’y identifient totalement et pour certaines, dans les situations où Carole est soumise, voire humiliée. Par ailleurs, Je comprends bien que d’autres femmes puissent se sentir réfractaires à avoir la moindre once d’identification à mon héroïne.

 

6/ On ressent une certaine aversion pour la pornographie filmographie actuelle. Vous la préférez à celle des années 70/80. Pourquoi ?

 

Comme dit plus haut, dans ces années-là, les femmes avaient encore un contrôle sur le déroulement d’un tournage. Il y avait une forme de convivialité, d’artisanat, d’amateurisme, paradoxalement, le cloisonnement du porno, offrait une vraie liberté de manœuvre, les productions de l’époque respiraient la joie de vivre. Aujourd’hui, c’est une sorte de miroir aux alouettes, les filles y arrivent souvent en espérant gagner d’autres sphères médiatiques, pour les faire espérer, on a pu les pousser à faire tout et n’importe quoi, la délocalisation vers des pays à moindre coût a aussi généré des effets pour le moins consternants. Une forme de surenchère, on traite les filles comme du bétail, ça ressemble parfois à du dopage sportif quand il s’agit de dilater un anus pour y accueillir le plus de sexes d’hommes possibles. Les filles sont souvent refaites et ont perdu pour la plupart leur petit côté naturel, à commencer par cette jolie petite touffe de poils qui garnissait les culottes ou même certaines aisselles, aujourd’hui, c’est le dictat de l’épilation !

 

7/ Vos écrits se veulent charnels, émoustillants et percutants. Vous n’excluez nullement le côté sentimentaliste, romantique et sensuel. Pour Carole le sexe ne va pas sans les sentiments ?

 

Il peut parfois, le sexe peut être un instant sensuel et romantique, il peut devenir aussi une sorte de rapport de forces, où elle peut éprouver autant de plaisirs à être soumise et humiliée qu’à être elle-même, une sorte de bourreau. Le sexe est par définition pour moi, le plus beau mélange de tendresse et de violence et ce dans la même seconde. Quand elle fait l’amour avec David, elle est dans la relation passionnée et d’une certaine façon dans le conformisme social, quand elle fait l’amour avec Pavel , elle veut s’offrir à un être qui la bouleverse, elle ne l’aime pas, mais il y a dans leurs relations quelque chose qui se rapproche de l’amour, quand elle se soumet à des groupes d’hommes, elle est en quête d’autres sensations, un plaisir culpabilisant, avilissant, elle se complaît à être esclave de ses pulsions. Il existe en chaque homme un motif de désir pour mon héroïne. Refuser de se donner est sans doute son plus grand supplice.

 

8/ Les aventures de Carole s’adressent-elles davantage à un lectorat féminin ou masculin ?

 

J’ai appris une chose importante, on ne va pas vers un public, c’est le public qui vient à vous. Mes livres ont mis à bas mes certitudes, j’imaginais clairement avoir un public quasi-exclusivement masculin, il semble que je sois bien plus lue par des femmes. Il semble que chez l’homme, il existe ce besoin de visualiser concrètement alors que la femme peut aller assez loin dans son imaginaire avec mes constructions narratives.

 

9 / Carole : c’est combien de nouvelles ?

 

Il y en a 5, la prochaine sera sans doute l’épilogue de ses aventures !

 

10/ Quels sont vos projets futurs ?

 

Assurer la promotion du dernier opus des aventures de Carole et ensuite prendre un peu de temps pour moi.

 

11/ Quel(s) livre(s) vous ne pourrez jamais vous séparez ?

 

« Les hauts de Hurle-Vent » « Justine ou les malheurs de la vertu »

 

12/ Champ libres : mots pour vos et futurs lecteurs !

 

Qu’il vienne s’immiscer dans la complicité de votre couple ou bien dans un plaisir solitaire, qu’il fasse naitre un éveil des sens ou juste de l’esprit, j’adore m’imaginer la présence de mes écrits dans votre sphère intime, c’est un peu comme si mon imagination venait trouver un prolongement dans votre vie. Quand j’écris, je pars en voyage avec vous, vous emmenez mon livre et lui-même vous emmène là où vous avez envie d’aller. Je suis ravie de savoir que de la seule force de ma syntaxe j’ai réussi à créer un effet chimique sur vos sexes et une stimulation sur vos esprits !

 

 

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Mon avis sur le premier tome :  » Les 2 Carole » !

Mon avis sur le second tome :  » 2 aventures de Carole » !

Vers la page Facebook de Gina Monte-Corges !

Vers le site des Evidence Éditions, pour tout savoir !

 

 

 

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