DÉBUTANTS de Catherine Blondeau.


Juillet 2004. L’inauguration du musée national de Préhistoire réunit en Dordogne Nelson Ndlovu, archéologue sud-africain invité aux cérémonies, Peter Lloyd, traducteur anglais installé là depuis quinze ans, et Magda Kowalska, jeune femme polonaise qui tient une maison d’hôtes dans le village.
L’été voit naître entre eux un grand rêve d’amour et d’amitié. La gaité de Magda, les silences de Peter et la flamboyance de Nelson recèlent pourtant bien des secrets. Lutte anti-apartheid et migrations forcées, violence des héritages et désirs de liberté, peur de l’enfantement et poids des attachements. Les récits s’entrecroisent et les vies se répondent dans cette fresque haletante où l’Histoire n’épargne personne.
Catherine Blondeau vit à Nantes où elle dirige un théâtre. Débutants est son premier roman.
 

 
Roman choral, intimiste, sur ces vies qui se sont construites sur des mensonges et faux-semblants. Roman terriblement intimidant et profondément humain.

DÉBUTANTS n’est pas un roman qu’il faut lire à la va vite. C’est une lecture qui demande beaucoup d’attention. Un roman vibrant où la vie de ces hommes et de cette femme se croise et se décroise, laissant un parfum parfois d’amertume, d’espièglerie, d’amour fraternel, d’amour charnel.

Voyages dans le temps, vagabondages émotionnels de ce temps qui marque l’esprit et l’âme à jamais façonnant des êtres sensibles à la quête de leurs vérités.

Peter, homosexuel, anglais, éperdument fou des mots et de musique, narre sa vie et ses tourments, son amour pour un homme libre et sa peine lorsque ce dernier rend son dernier souffle. Il conte ses rêves, sa liberté, son amour fidèle, ses craintes et ses désillusions.

Nelson a connu l’Apartheid grâce aux mots de sa mère, fervente militante. Il raconte cette période horrible de son peuple comme si il y avait vécu. Exilé à Paris alors qu’il n’était qu’un petit garçon, il se prend d’affection pour ce mouvement militant. Articles, lectures croisées, tout est bon pour se documenter. Étudiant il veut absolument renouer avec ses racines. De retour à Johannesburg, il se passionne pour l’histoire de son pays et ses dérives. Et puis ce point d’interrogation crucial et vital : ce père inconnu et impliqué dans les combats. Une quête sur cette vérité à la recherche de cette partie inexistante d’un homme aux abois.

Magda est polonaise. Elle est née dans cet état où le prolétariat régné. Son enfance, elle en garde un souvenir lumineux : ces heures à jouer dans la rue, ces heures à écouter sa grand-mère parler de la France, ces heures à cuisiner, ces heures à biner et désherber le jardin. Magda est devenue une jeune femme solaire, avide de liberté. Elle narre son « tour du monde des hommes », ses secrets, ses rencontrer et sa peine. Celle d’avoir été abandonnée. Ce trou béant qui lui a enlevé une partie de son être.

Nelson, Peter et Magda forment ce trio où les liens intrinsèques sont une évidence.

Catherine Blondeau nous offre un premier roman remarquable. Des histoires portées par cette volonté inépuisable de défaire les non-dits et de révéler le meilleur comme le pire de l’humanité. La mort, la vérité, les mensonges, l’avidité d’autres choses, l’amour, l’amitié se déchaînent dans un ballet formidable. Elle met en évidence les fêlures de ses personnages et les dépeint avec frénésie.

Un roman à dévorer avec passion et lenteur pour se laisser porter par la beauté parfois cruelle de ces vies.

Oui, le peuple noir avait livré un noble combat pour se soustraire à l’oppression d’un pouvoir blanc inique. Mais chaque témoin, chaque récit, chaque douleur finissait par égratigner une histoire qu’on aurait rêvé plus belle, par fragiliser la grande fresque é^pique de la libération qu’on aurait voulu pouvoir se raconter sans arrière-pensée. La mythologie héroïque de la lutte menaçait chaque jour un peu plus de se dissoudre dans le grand chaudron de la confession.
 
Une chronique de #Esméralda

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