LE CHANT DE CORBEAU de Lee Maracle.


L’épidémie de grippe asiatique des années 1950 atteint la Colombie-Britannique et ravage la communauté. Les Autochtones sont livrés à eux-mêmes et les médecins blancs négligent de les soigner. La jeune Stacey, sa mère et les autres femmes du clan de Loup se serrent les coudes, enterrent leurs morts, à l’ombre de la prophétie de Corbeau : « Les grandes tempêtes façonnent la terre, font éclore la vie, débarrassent le monde de tout ce qui est vieux pour faire place au neuf. Les humains appellent ça des catastrophes.
Ce sont juste des naissances. »
Traduit de l’anglais par Joanie Demers

Un roman immersif et terriblement captivant. Un voyage inouï au confins d’une communauté stigmatisée, décharnée, abandonnée, parquée, déshumanisée. Bien plus qu’un combat Lee Maracle raconte la vie absolue au travers des yeux d’une jeune femme tiraillée entre l’avenir, du blanc, et le passé, des siens.
Stacey vit de l’autre côté du pont. Frontière, malgré lui, de deux mondes, celui des blancs et du clan des Loups. Stacey le franchit tous les jours pour se rendre à l’école des blancs où elle tente de se fondre dans la masse et surtout comprendre leur monde, leurs lois, leurs coutumes. Au grès des années qui défilent, des discussions avec son amie, des repas pris à ses côtés, Stacey s’interroge toujours autant. Elle admire leur confort, leur technologie et leur médecine. Alors quand l’épidémie éclate au sein de sa communauté, sa confiance envers eux est malmenée. Personne n’a passé le pont pour leur en venir en aide.

 

Entre légendes, prophéties, visions, Lee Maracle nous entraîne dans une fiction dont le réel ne peut que nous surprendre. Minutieusement, elle nous imprègne de ce monde inconnu, de cette simplicité auto suffisante à vivre l’instant présent, de ses douleurs fulgurantes où cris et larmes fusent et de ses bonheurs infinis. Stacey croit infiniment que le monde des blancs peut apporter quelque chose à leur communauté, notamment l’enseignement dont elle prend le parti. Et à contrario que ce monde là est bien loin de ses valeurs et préceptes, de sa nature. Ce duel perdure tout au long du roman menant vers cette finalité loin des rêves.

 

Si les premières pages m’ont apeurée, les suivantes m’ont captivée. Un magnétisme puissant se dégage des mots de Lee Maracle mettant au centre de son histoire cette dualité cruelle. Si je me suis accrochée à tous ces moments de bonheur, la tristesse est, malgré tout, le sentiment qui m’a accompagnée en fermant LE CHANT DE CORBEAU. Une histoire poignante où les petites détails en font une grande, où l’Homme devient son pire ennemi.

 

Un roman à découvrir sans aucun doute, les adeptes de la Littérature des Premières Nations, je pense, seront conquis. De mon côté, je continue mon exploration de ce monde hypnotique.

 

Une chronique de #Esméralda.

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