Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-Joo

Littérature coréenne – Livre sorti le 2 janvier 2020

Editions Nil

Service presse

Ma note : 4/5 mention « à lire! »

 

Avant de commencer, je tiens à remercier les éditions Nil qui, via la plateforme Netgalley, m’ont confié ce roman en service presse.

Résumé : Kim Jiyoung est une femme ordinaire, affublée d’un prénom commun – le plus donné en Corée du Sud en 1982, l’année de sa naissance. Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu’elle aime mais qu’il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d’autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ?
En six parties, qui correspondent à autant de périodes de la vie de son personnage, d’une écriture précise et cinglante, Cho Nam-joo livre une photographie de la femme coréenne piégée dans une société traditionaliste contre laquelle elle ne parvient pas à lutter. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Kim Jiyoung est bien plus que le miroir de la condition féminine en Corée – elle est le miroir de la condition féminine tout court.

 

L’avis de #Lilie : J’ai beaucoup entendu parler de ce roman au moment de sa sortie, que ce soit grâce au Hanbo(o)k Club, un groupe consacré à la lecture asiatique, ou grâce à ma libraire qui me l’a rapidement chaudement recommandé. Quand les éditions Nil l’ont proposé via la plateforme Netgalley, je n’ai pas hésité à me lancer dans l’aventure, tout en sachant que j’étais totalement novice dans la littérature asiatique.

Nous faisons ici connaissance avec Kim Jiyoung. Elle vit en Corée du Sud, est mariée et a une petite fille. Un jour, elle se met à parler avec la voix d’autres femmes. Devient-elle folle ? Telle est la question… L’autrice revient alors en arrière et retrace le parcours de la jeune femme en découpant sa vie en six périodes, correspondant à des tranches de vie marquantes mais aussi à des moments de changements dans la société coréenne. On va ainsi suivre son évolution et celle de la Corée du Sud, en parallèle.

Kim Jiyoung est la deuxième fille de sa famille. Elle vit avec ses parents, sa grand-mère, sa grande sœur et son petit frère. Très vite, elle va comprendre que les filles et les garçons ne sont pas traités de la même manière et que leurs places ne sont pas les mêmes au sein de la société. C’est une petite fille qui grandit assez tranquillement, en observant ce qui se passe autour d’elle mais sans jamais faire de vagues. Arrivée à l’adolescence, elle se rend compte à quel point les garçons se sentent supérieurs aux filles et à quel point elles sont considérées comme des objets. Adulte, elle réalise que la société est loin d’être égalitaire, contrairement à ce que les gouvernants voudraient faire croire. Mariée, elle se retrouve dans le dilemme de savoir si elle doit privilégier ses envies ou sa vie de famille, un véritable dilemme moral qui fait mal au cœur.

J’ai beaucoup appris en lisant ce livre. En effet, je ne pensais pas que les femmes étaient aussi peu considérées. Malgré les évolutions législatives, qui sont mentionnées tout au long de l’histoire, la Corée reste une société très patriarcale, avec une place prépondérante des hommes dans les postes à responsabilité et un véritable culte voué aux petits garçons. Même si elles ont de plus en plus de voix, les femmes sont encore victimes de violences, bien souvent morales, et ce roman donne l’occasion de penser à cela et se rendre compte que le chemin de l’égalité est encore bien long. Concernant la plume de l’autrice, elle est entraînante et se laisse lire très facilement. C’est une histoire forte qui délivre un message poignant et qui ne peut laisser le lecteur complètement insensible. 

Pour conclure, ce roman est une belle découverte et mérite le bandeau commercial de « phénomène ». Il est instructif et permet d’en savoir plus sur la condition de la femme en Corée du Sud. C’est une lecture qui m’a également donné envie de prolonger ma découverte de la littérature asiatique, un genre dont je suis peu coutumière.

 

Retrouvez ce roman sur le site des éditions Nil

 

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Ce qui nous tue de Tom McAllister

Littérature Nord-Américaine – Livre sorti le 6 février 2020

Editions Le Cherche-Midi

Service Presse

Ma note : 2,5/5

 

Avant de commencer, je tiens à remercier le Picabo River Book Club et les Editions du Cherche-Midi pour l’organisation de ce partenariat et pour m’avoir permis de découvrir ce roman.

Résumé : L’Amérique est-elle condamnée à la bêtise, au machisme, à la paranoïa et au mensonge ?

Te rappelles-tu quand tout était simple ?
 
Anna Crawford, professeure d’anglais au lycée de Seldom Falls, Pennsylvanie, est virée pour insubordination. Mauvais timing. Dans la foulée, un étudiant pénètre dans les locaux et se livre à une tuerie de masse : 19 morts, 45 blessés. Un temps suspectée par le FBI, Anna est rapidement innocentée. Mais le mal est fait : elle a été montrée du doigt, sa vie, jetée en pâture aux foules, ne sera plus jamais la même.
Autour d’elle, elle voit un monde devenir fou, qui pour seules réponses à ce drame atroce propose davantage de médias et de caméras, toujours plus de hashtags, d’armes, de virilité triomphante et de lois absurdes.
 
L’Amérique est-elle condamnée à la bêtise, au machisme, à la paranoïa et au mensonge ? Avec cet anti-thriller, où l’humour noir se mêle à la colère, Tom McAllister nous offre un plaidoyer au vitriol pour la raison, à une époque où tout le monde semble devenir cinglé, sans que cela ne choque plus personne.

 

L’avis de Lilie : J’avoue que quand j’ai lu le quatrième de couverture de ce roman, j’ai été emballée. Je m’attendais à un « manifeste » condamnant la violence quotidienne, le port des armes aux USA, bref, j’espérais lire un livre qui m’embarque et me ferais réfléchir à ces thématiques. Malheureusement, mon enthousiasme est vite retombé et je crois que je suis un peu passée à côté de cette histoire.

Tout commence en faisant la connaissance d’un jeune homme qui s’apprête à déclencher une fusillade dans un lycée. Nous basculons ensuite sur Anna Crawford, une ancienne professeure de ce lycée, récemment mise à pied et accusée, injustement, d’être l’instigatrice de cette tuerie. A partir de là, plus rien ne sera pareil pour elle et elle va vivre entre crainte d’une nouvelle tuerie et analyse du monde actuel.

Anna est une jeune femme paumée. Depuis qu’elle a été mise à pied, elle tourne en rond et n’a plus goût à grand chose. On va alors la suivre pendant l’année qui suit la tuerie. On se rend vite compte qu’elle ne sait pas quoi faire de sa vie et qu’elle se laisse complètement débordée par le quotidien. Pendant un temps, elle vit avec Robbie, dont on apprend peu de choses, et on sait aussi qu’elle a un frère, Calvin, qu’elle aime mais avec qui elle n’aime pas passer du temps. 

Comme je l’ai déjà dit précédemment, je suis passée à côté de cette histoire. Prometteuse, elle n’a pas répondu à mes attentes. En effet, je n’ai pas aimé l’héroïne. Au départ, j’ai eu un peu pitié d’elle mais rapidement, j’ai été agacée par ses errements et son immobilisme. Même si elle constate la violence, qui envahit notre quotidien, par des actes de plus en plus meurtriers et destructeurs, elle ne les analyse pas et ne cherche pas vraiment de solutions pour agir à son niveau. Peut-être que cette perception m’est propre mais au final, je referme ce roman avec lassitude et soulagement de l’avoir terminé. J’ai trouvé le style de l’auteur un peu brouillon car, par moment, il fait des digressions qui n’apportent rien à  l’intrigue. Le langage utilisé est souvent familier et cela m’a également gêné. Le point positif concerne la vivacité de l’écriture et le fait que la plume de l’auteur est très visuelle. En effet, on est en totale immersion dans l’histoire et on angoisse, souvent, au côté d’Anna.

Pour conclure, je le regrette mais je suis passée à côté de ce roman sur lequel j’avais fondé beaucoup d’espoir. Cette lecture m’a permis, de mon côté, de réfléchir sur le poids des médias et leur impact dans notre quotidien. Néanmoins, je n’ai adhéré ni avec le cynisme de la narratrice, ni avec son caractère. Dommage !

 
Retrouvez ce roman sur le site de l’éditeur

 

UN GARCON SUR LE PAS DE LA PORTE de Anne Tyler.


 
Micah Mortimer, la petite quarantaine routinière, coule des jours heureux dans un quartier tranquille de Baltimore. En voiture, au travail ou avec sa petite amie, il ne dévie jamais de sa route toute tracée – jusqu’au jour où il trouve Brink Adams qui l’attend sur le pas de sa porte.
Car l’adolescent fugueur en est sûr, Micah est son père biologique… Pour l’homme qui aimait ses habitudes, cette seconde chance sonne comme une malédiction.

Anne Tyler décrit avec une certaine passion bouleversante, le quotidien de Micah Mortimer. Un quotidien qui vous paraîtrait certainement ennuyeux voire morne. Un quotidien pourtant si réconfortant pour un homme aux exigences bien trop prononcées.
Micah Mortimer fait partie de la classe moyenne américaine. Chef de sa propre entreprise, Micah vivote ici et là dans son appartement au sous-sol. Micah est un pro des planning auxquels il ne déroge jamais : le lundi c’est ça, le mardi autre chose, le mercredi un autre etc. … Son planning est essentiellement composé de tâches ménagères. Le réveil suit un rituel facétieux : footing, douche, petit déjeuner et ménage avant d’attaquer selon les appels reçus les interventions informatiques chez les particuliers. Son appartement au sous-sol est d’une propreté immaculée où le désordre n’a pas sa place. Micah est un homme rigoureux et s’en défend particulièrement bien. Il aime aider ses voisins pour que tout soit en ordre et s’occupe volontiers de sortir les containers. Tout cela dans un ordre prédéfini.

 

Micah paraît étrange. Ses réactions ne sont pas celles auxquelles on pourrait s’attendre. Il est d’un calme effroyable et rien ne semble l’atteindre. Alors quand ce jeune homme sur le pas de sa porte, prétend être son fils. C’est la goutte qui fait déborder le vase. Cette remise en question sera-t-elle le symbole d’un changement majeur ?

 

Je découvre pour la toute première fois la plume de Anne Tyler. Un plume qui aime les petits détails dans les grands et qui n’hésite pas à utiliser de grandes envolées lyriques pour accentuer ces descriptions savoureuses et utiles. Anne Tyler décortique ces hommes et femmes qui se perdent dans la frénésie et l’obsession du tout, et dans le contrôle absolu du temps qui passe. Micah est un personnage attachant et non rébarbatif. Ses réflexions, sa manière d’agir (souvent très maladroite), sa manière de réagir, sa manière de concevoir les relations avec les autres, ses attitudes, sa manière d’être dressent  le tableau de cet homme avec empathie. Il est drôle justement de voir comment l’homme frigide s’adapte face aux éléments perturbateurs.

 

UN GARÇON SUR LE PAS DE LA PORTE est une belle balade aux côtés d’un homme singulier qui s’égare dans ses conceptions particulières de la vie. Anne Tyler dresse le portrait de l’atypique avec humour et détachement.

 

Quand Micah était au volant, il aimait faire comme s’il était examiné par un système de surveillance qui épiait tous ses faits et gestes. Le fieu de la Circulation, l’appelait-il. Au centre de commandement du dieu de la Circulation se trouvait une armada d’hommes en bras de chemise et visière verte sur la tête, qui échangeaient régulièrement des commentaires sur la conduite parfaite de Micah. « Notez comme il met son clignotant même lorsqu’il n’y a personne derrière lui », disaient-ils. Micah mettait toujours, absolument toujours, son clignotant. Même dans son parking. Quand il accélérait, il se figurait qu’il y avait un œuf sous sa pédale, comme on le lui avait appris ; quand il freinait, il le faisait de façon progressive, jusqu’à s’arrêter sans le moindre à-coup ou presque. Et si un autre conducteur estimait au dernier moment qu’il avait besoin de s’insérer dans la file de Micah, on pouvait compter sur celui-ci pour ralentir et faire un signe courtois de la main gauche, paume tournée vers le haut, indiquant qu’il le laissait passer. « Vous avez vu ça ? disaient les agents du dieu de la Circulation. Les manières de ce brave homme sont impeccables. »
 
Une chronique de #Esméralda

10 MINUTES ET 38 SECONDES DANS CE MONDE ÉTRANGE de Elif Shafak


Et si notre esprit fonctionnait encore quelques instants après notre mort biologique ? 10 minutes et 38 secondes exactement. C’est ce qui arrive à Tequila Leila, prostituée brutalement assassinée dans une rue d’Istanbul. Du fond de la benne à ordures dans laquelle on l’a jetée, elle entreprend alors un voyage vertigineux au gré de ses souvenirs, d’Anatolie jusqu’aux quartiers les plus mal famés de la ville.
En retraçant le parcours de cette jeune fille de bonne famille dont le destin a basculé, Elif Shafak nous raconte aussi l’histoire de nombre de femmes dans la Turquie d’aujourd’hui. À l’affût des silences pour mieux redonner la parole aux « sans-voix », la romancière excelle une nouvelle fois dans le portrait de ces « indésirables », relégués aux marges de la société.

 
Elif Shafak vous invite à plonger dans une Istanbul secrète où dorure et air d’orient laisse place à un monde dominé par la religion et les à priori. Un voyage unique. Une exploration sensorielle au travers des yeux d’une femme qui s’éteint.
Tequila Leila aurait pu avoir une vie douce auprès d’un mari et une ribambelle d’enfants. Elle est née dans une famille ordinaire d’une petite ville. Mais Leyla (oui avec un y) est vite confrontée à l’ignominie qui bouleverse sa vie. La fuite est le seul moyen de mettre derrière elle ses blessures. Elle arrive à Istanbul, est vendue à un bordel, s’en échappe pour intégrer un nouveau bordel, se marie et rencontre des amies. Tout autant d’événements qui traversent sa vie paisiblement ou chaotiquement. Tequila Leila brave les années telles qu’elles viennent. Trouvant la force de surmonter les épreuves auprès de ses amies. Un cercle intime contre le monde extérieur méprisant. Un monde où les possibles deviennent des réalités et où les mots n’ont pas peur d’être dit.

 

Expirant son dernier souffle dans un container sordide d’un quartier sordide, Tequila Leila se rappelle. Pendant ces 10 minutes et 38 secondes, les souvenirs surgissent au grès de senteurs précises. Un voyage extraordinaire au cœur d’une vie ordinaire. Un voyage sensorielle où ces moments capitaux, tels des clés maudites, ont fait d’elle la femme qu’elle est devenue. Un voyage particulier, un voyage singulier qui dépeint les maux d’une société dirigée par la religion, la spiritualité et le rigorisme.

 

Un roman bouleversant. Chaque chapitre confectionne la personnalité attachante de Tequila Leila. On y découvre ses blessures affligeantes, ses rêves et ses espoirs. Une femme forte dans un monde où le dédain et la méprise sont mots d’ordre. Elis Shfak met en exergue ce monde souterrain où prostituées, travestis, immigrés se battent pour une simple reconnaissance. Cette histoire se déroule dans un contexte historique propre à la Turquie rendant l’atmosphère davantage réelle. J’aime beaucoup la manière dont l’auteure d’un moment qui aurait pu être une simple accroche banale à l’introduction de son histoire, en fait un pivot central et important. J’aime beaucoup la manière dont elle s’approprie  les souvenirs et en fait une balade quasi mystique.

 

Elif Shafak narre une très belle histoire à la portée d’autant plus importante qu’elle décrit une société de nantis. Une très belle découverte. Une plume magnifique pour une histoire touchante. Je regrette, simplement, cette partie « entracte » qui fait trop Hollywood à mon goût et qui n’était pas, spécialement, nécessaire. Elle reste néanmoins savoureuse, un moment détente dans une histoire forte en émotions.

 

La dernière chose dont se souvint Leila, ce fut le goût du fraisier fait maison.
Quand elle vivait à Van, les célébrations étaient réservées à deux causes vénérables : la nation et la religion. Ses parents commémoraient la naissance du prophète Mahomet e celle de la république turque mais pensaient que la naissance d’un individu ordinaire ne méritait pas qu’on la fête chaque année. Leila n’avait jamais demandé pourquoi. Ce n’est qu’après avoir quitté la maison, et appris à Istanbul que d’autres se voyaient offrir un cadeau ou un gâteau à leur anniversaire que la question la frappa. Depuis, chaque 6 janvier, quoi qu’il arrive, elle faisait en sorte de prendre du bon temps. Et si certains célébraient l’occasion par une fête débridée, elle s’abstenait de les juger ; qui sait, peut-être que comme ils compensaient une enfance prive de cotillons.
 
Une chronique de #Esméralda

LE NOIR ENTRE LES ÉTOILES de Stefan Merrill Block.


« À la fois un garçon et une légende: tu avais dix-sept ans lorsqu’une balle de calibre .22 t’a scindé en deux. Dans un des deux mondes, celui qui gravite autour de ton lit d’hôpital, tu es devenu le Martyr de Bliss, Texas. Tu t’es changé en un spectre qui flotte au-dessus de la population clairsemée de ta ville natale dévastée, porteur tour à tour d’espérance, de désespoir et de consolation. »
Dix ans après une terrible tuerie dans son lycée, Oliver Loving est toujours plongé dans un coma profond. Brisée par le drame, sa famille s’est désunie : son père, Jed, un artiste raté, a trouvé refuge dans l’alcool, et sa mère, Eve, s’obstine à garder espoir, refusant e son fils soit débranché. Quant à Charlie, leur cadet qui se rêve écrivain, il a quitté le Texas pour vivre librement son homosexualité à New York et fuir l’ombre pesante de son grand frère. Mais lorsqu’un nouvel examen révèle chez Oliver les signes d’une activité cérébrale, tous trois se retrouvent à son chevet, dans l’espoir d’avoir enfin une réponse à toutes leurs questions.
Après le succès d’Histoire de l’oubli, Stefan Merrill Block signe un roman bouleversant sur la famille, la fin de vie et la résilience. Alternant subtilement les points de vue, Le noir entre les étoiles interroge de manière intime l’expérience du traumatisme et aborde une question essentielle : qu’est-ce qu’une vie digne d’être vécue ?

 
Immersif, LE NOIR ENTRE LES ETOILES captive par cette étrange intrusion aux cœurs de ces vies détruites. Une à une, leurs voix se délient dans un temps intemporel ou passé et présent ne forment plus qu’un.
Une famille ordinaire avec leurs espoirs et leur travers. Jed, le papa, est un artiste maudit et incompris. Eve, la maman, s’évertue à rendre la vie paisible à tous. Charlie, le petit frère homosexuel, cherche sa voie. Et Oliver rêve d’écriture et d’amour.

 

Puis ce jour fatidique sonne le glas de ces vies, le 15 novembre, la mort s’invite dans le lycée lors du bal tant attendu. Des morts et un blessé, Oliver a tout jamais perdu dans un monde dont on ignore tant. Il est emmuré dans ce corps qui ne vit que grâce à ces machines infernales. Les années défilent et la famille éclate. Une mère désillusionnée qui s’accroche tant bien que mal à un espoir si ténu et qui ne renoncerait pour rien au monde à son rôle de mère. Jed se perd dans l’alcool, ignorant conscient de ses responsabilités bafouées. Charlie, petit garçon éternel à la recherche de l’approbation parentale, s’ignore et suit cette voie qui lui semble tant judicieuse. Rendre honneur à son frère et devenir lui, lui tient tant à cœur.

 

Dix années à Oliver à espérer dans ce silence teinté de noir, de lumière et de tant d’autres souvenirs. Un méli mélo puissant et destructeur où la vie est une grande farceuse. Question existentielle, question métaphysique, question unique Pourquoi ?

 

Stefan Merrill Block décortique avec sensibilité et frénésie une famille touchée par le drame. Les points de vue alternant entre le avant et le après apportent cette touche intime et profonde où âmes, peines, colères et abandon jouent au chat et à la souris. La perte, le deuil, l’acceptation tout autant d’épreuves à franchir sur le chemin de la résilience. L’attrait psychologique des personnages est impressionnante. Ces petits détails, ces rengaines, ces soupirs donnent au récit cette touche irréelle de l’immersion. Les émotions qui traversent les personnages sont d’une rare force. Elles touchent en plein cœur, elles révoltent, elles attristent, elles peinent. Leur force aussi destructrice soit-elle, à ce quelque chose de rédempteur.

 

LE NOIR ENTRE LES ETOILES est une merveilleuse découverte de ce début d’année. Un livre accaparant et d’une vérité insoutenable. Un livre douloureux et puissant. Une livre où la liberté d’être entendu est une bataille féroce. Un livre salvateur.

 

A découvrir sans aucun doute et pour ma part je rajoute dans ma liste de mes envies Histoire de l’oubli que vous avez peut-être lu.

 

Et justement, c’est à l’instant précis où tu te soulèves au-dessus du sol instable que l’énergie détectée par les appareils du médecin explose violemment à l’intérieur de toi. La lumière arrache la doublure de tes vêtements et la matière de ta peau, faisant voler tous les boutons d’un seul coup. La conflagration est si puissante que ces précieux petits fragments, au lieu de retourner vers le passé comme ils le faisaient jusque-là, prennent les airs comme l’exact contraire des balles d’Hector Espina, des projectiles qui ouvrent une histoire au lieu de la clore. La gerbe des boutons s’éparpille, en route vers un monde neuf où tu seras en même temps partout et nulle part. Et toi, tu commences, déjà à les poursuivre, lancé vers l’avenir.
 
Une chronique de #Esméralda.

Le bruissement du papier et des désirs de Sarah McCoy

Littérature Américaine – Livre sorti le 21 février 2019

Editions Michel Lafon

Service Presse

Ma note : 4/5

 

Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercier les éditions Michel Lafon qui, via la plateforme Netgalley, m’ont permis de découvrir ce roman en service presse.

Résumé : 1837, île du Prince-Édouard, au large du Canada. Marilla Cuthbert, 13 ans, mène une vie tranquille dans le cadre enchanteur de la campagne, avec ses parents et son frère aîné, Matthew. À la mort brutale de sa mère adorée, Marilla se jure de veiller toujours sur son père et son frère.

Cette décision va entraîner sa vie entière. Désormais, elle se consacrera aux autres. Sacrifiant son amour pour John Blythe, elle décide de se battre auprès des plus démunis, les orphelins en particulier. Visionnaire, elle se révolte contre les mœurs de son temps et rejoint les rangs d’anciens esclaves affranchis afin que soit abolie la traite des Noirs. Mais ce combat pour la liberté a un prix : l’hostilité croissante de l’ordre établi. Chaque jour qui passe fait courir à Marilla un danger sans cesse plus grand.

 

L’avis de #Lilie : J’avais découvert la plume de Sarah McCoy avec « le souffle des feuilles et des promesses ». Cette lecture m’ayant plu, je n’ai pas hésité avant de replonger dans l’univers de l’autrice avec ce livre.

Ce roman est en fait un préquel au roman de Lucy Maud Montgomery « La maison aux pignons verts », dont a également été tiré une série télé (qui est désormais dans ma liste de série à visionner). Nous découvrons ici, les vies de Marilla, John Blythe et Mattew lorsqu’ils sont jeunes. Sarah McCoy imagine leurs passés et les choix qui les ont mené à être ce qu’ils sont dans l’histoire de Lucy Maud Montgomery. Marilla est une jeune fille loyale, intelligente, proche de sa famille et un peu maladroite par moment. Elle vit à la ferme avec son frère Mattew et ses parents. Au fil du temps, elle devient la maitresse de maison et doit gérer son quotidien. Si je devais lui trouver un défaut, je dirai que Marilla s’occupe beaucoup trop des autres et pas assez d’elle. En effet, elle est généreuse, avec un coeur en or et des préoccupations toujours nobles. Pourtant, elle pense toujours aux autres, à sa famille, mais rarement à elle. Elle est loin d’avoir une vie facile pourtant, elle ne se plaint pas et fait toujours de son mieux pour rendre service, quand elle le peut. Pour moi, elle est le personnage central de cette histoire car on va la suivre, au fil des ans, la voir évoluer, changer, s’interroger, et j’ai été un peu triste de la quitter à la fin de ce roman. 

Encore une fois, je suis facilement rentrée dans l’histoire proposée par l’autrice. Sa plume est fluide, efficace et très visuelle. Elle en profite également pour nous distiller des informations historiques comme la fuite des esclaves noirs des Etats-Unis vers le Canada et le traitement qui leur était réservé… J’ai été un peu abasourdie par les moeurs de l’époque et ai été ravie d’apprendre que certains s’étaient engagés pour les aider à se reconstruire une nouvelle vie.

Pour conclure, « le bruissement du papier et des désirs » est un beau roman retraçant le parcours de personnages attachants et entiers. Désormais, je vais me tourner vers la série qui raconte la suite de leurs aventures car j’ai bien envie de savoir ce qu’ils deviennent !

 

Retrouvez ce roman sur le site des éditions Michel Lafon

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GIRL de Edna O’Brien.


Girl est un roman sidérant, qui se lit d’un souffle et laisse pantois. Écrivant à la première personne, Edna O’Brien se met littéralement dans la peau d’une adolescente enlevée par Boko Haram. Depuis l’irruption d’hommes en armes dans l’enceinte de l’école, on vit avec elle son rapt, en compagnie de ses camarades de classe ; la traversée de la jungle en camion, sans autre échappatoire que la mort pour qui veut tenter de sauter à terre ; l’arrivée dans le camp, avec obligation de revêtir uniforme et hijab.
La faim, la terreur, le désarroi et la perte des repères sont le lot quotidien de ces très jeunes filles qui, face aux imprécations de leurs ravisseurs, finissent par oublier jusqu’au son de leurs propres prières. Mais le plus difficile commence quand la protagoniste de ce monologue halluciné parvient à s’évader, avec l’enfant qu’elle a eu d’un de ses bourreaux. Après des jours de marche, un parcours administratif harassant lors de son arrivée en ville, celle qui a enfin pu rejoindre son village et les siens se retrouve en butte à leur suspicion ¿ et à l’hostilité de sa propre mère. Victime, elle est devenue coupable d’avoir introduit dans leur descendance un être au sang souillé par celui de l’ennemi. Écrit dans l’urgence et la fièvre, Girl bouleverse par son rythme et sa fureur à dire, une fois encore, le destin des femmes bafouées. Dans son obstination à survivre et son inaltérable confiance en la possible rédemption du cœur humain, l’héroïne de ce très grand roman s’inscrit dans la lignée des figures féminines nourries par l’expérience de la jeune Edna O’Brien, mise au ban de son pays alors qu’elle avait à peine trente ans. Devenue un des plus grands écrivains de ce siècle, elle nous offre un livre d’une sombre splendeur avec, malgré tout, au bout du tunnel, la tendresse et la beauté pour viatiques.

 
Percutant, destructeur, d’un réalisme époustouflant, où terreur et espoir se partagent une histoire hors norme, Girl nous plonge dans le chaos insoutenable d’une vie détruite au nom de la barbarie.
J’avais beaucoup entendu parler de ce roman à sa sortie. Je ne m’étais pas plongé dans la lecture des nombreuses chroniques qui fleurissaient sur la blogosphère. Girl avait retenu mon attention et j’ai été très enthousiaste de pouvoir le lire.

 

Edna O’Brien dépeint dans cette fiction une histoire foudroyante. Cela n’est pas sans me rappeler ce terrible événement en avril 2014 au Nigeria, l’enlèvement de plus de deux cent lycéennes par Boko Haram. Edna O’Brien prend le partie d’écrire son histoire à la première personne donnant cette immersion déplaisante dans le sens où les émotions de l’héroïne sont davantage percutantes. De cette façon, Edna O’Brien frappe fort et marque les esprits. Une immersion glaçante, suffocante, sanglante, insoutenable, pétrifiante où il se dégage, tout de même, au fil des pages une once d’espoir. L’état d’esprit de la captive se dégrade, mêlant le conscient et l’inconscient dans ce ballet morbide où la survie devient une nécessité. Réalité et irréalité se confrontent également perdant le lecteur dans les abysses de l’insaisissable.

 

Le parcours de cette femme est un véritable enfer du début à la fin. Sur fond de religion et de superstition, pas à pas la fureur s’invite dans ce silence imposant où le cœur de la victime ne cesse de hurler son désarroi. Le mutisme et l’absolution cohabitent malgré le déchaînement de ses pensées, de sa folie équivoque. Alors que ses pas la portent vers une certaine liberté, des rencontres vont bouleverser ce quotidien morne. Des rencontres libératrices et révélatrices qui la mènent vers une terre où le simple bonheur semble se laisser conquérir.

 

Une lecture bouleversante portée par une verbe acérée, Edna O’Brien ne laisse aucun répit. Dramatique est le seul mot pour vous décrire ce que j’ai ressenti. Un mot pourtant si faible et si loin de décrire l’ensemble du roman. Une œuvre qui me semble intemporelle et inévitable temps que des régions du monde seront aux prises de la folie. Une œuvre pour ne pas oublier leurs souffrances et leurs cris aux prises d’une société à deux vitesses. Une œuvre marquée par la splendeur glaçante de l’abominable.

 

Un incontournable pour cette année 2020 que je vous invite à découvrir.

 

Chacune cherchait un coin où s’isoler, car même si on était des salopes pour eux, et qu’on se trouvait répugnantes, on s’accrochait aux derniers lambeaux de dignité. Chaque fille cherchait un coin à soi, puis une flaque ou un ruisseau pour se laver. Et chacune de nous priait que les prochaines règles viennent. Des filles mangeaient des racines ou de feuilles pour une pas être enceintes. L’éclat cramoisi du sang sur ces grands brins d’herbe était notre unique délivrance. Je regardais le mien et rendais grâce. Je pensais à ma mère, si j’étais à la maison, comment elle serait aux petits soins pour moi, avec de l’eau chaude et une serviette m’expliquant que c’était le cours de la nature.

 

Une chronique de #Esméralda.