La chambre des merveilles de Julien Sandrel

Littérature française – Livre sorti en poche le 27 mars 2019

Editions le Livre de Poche

Lecture personnelle

Ma note : 4,5/5 mention « lecture qui fait du bien »

 

Résumé : Louis a douze ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, sûrement encore à son travail. Alors il part avec son skate, fâché et déçu, et traverse la rue à toute vitesse. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre.
Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a répertorié toutes les expériences qu’il aimerait vivre un jour : la liste de ses « merveilles ». Thelma prend une décision : une par une, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Et les lui raconter. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut-être que ça l’aidera à revenir. Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

 

L’avis de #Lilie :« La chambre des merveilles » est un livre qui a fait parler de lui dès sa sortie. J’ai eu la chance de rencontrer l’auteur et je me suis laissée tenter par celui-ci car il m’intriguait. Après cette lecture, je n’ai qu’une chose à dire : « quelle bouffée d’oxygène ! Waouh! »

Dans ce roman, nous faisons la connaissance de Thelma, une quarantenaire avec une vie professionnelle bien remplie, tellement remplie qu’elle empiète sur sa vie privée et l’oblige à délaisser son fils Louis. Un matin, alors qu’ils sortent pour aller bruncher, Louis veut parler à sa mère qui, encore une fois, lui préfère son téléphone portable. Il prend alors son skate et se fait renverser par un camion. A partir de là, la vie de Thelma va être chamboulée, d’autant plus qu’elle va découvrir un carnet appartenant à son fils, dans lequel il consigne tout un tas de défis qu’il aimerait relever. Cette maman est-elle prête à tout pour son enfant ? Comment va-t-elle gérer sa « nouvelle vie »? Louis va-t-il s’en sortir ?

Thelma est une femme active, dévouée à son travail et qui, au fil du temps, a délaissé sa vie personnelle. Au premier abord, elle semble austère, limite froide et obnubilée par ses responsabilités professionnelles. Pourtant, quand Louis va avoir son accident, tout va changer pour elle et elle va se rendre compte qu’elle ne connait pas tellement son fils. A partir de là, elle va consacrer toute son énergie à essayer de le faire revenir, à se dépasser pour lui donner l’envie de se battre et de se réveiller. On voit une belle évolution de ce personnage tout au long de l’histoire, ce qui la rend touchante et attachante. Quand à Louis, c’est un adolescent de douze ans et demi avec des rêves et des envies plein la tête. Sa liste de défis est hétéroclite, originale et elle démontre une certaine maturité chez le jeune garçon.

Vous l’aurez compris, « la chambre des merveilles » est une réussite. Pour un premier roman, Julien Sandrel a frappé fort en nous livrant un livre touchant mais aussi plein d’optimisme. Sa plume est efficace et très visuelle. En effet, tout au long de l’intrigue, on est plongé aux côtés de Thelma et Louis et on ne peut s’empêcher de s’imaginer les lieux visités ou ressentir leurs émotions. Que ce soit des larmes ou des sourires, on ne peut qu’être touché par la dévotion de cette maman prête à tout pour sauver son fils.

Pour conclure, « La chambre des merveilles » est un roman qui fait du bien et qui vous remplit d’optimisme au fil de sa lecture. Julien Sandrel est un auteur à suivre tant sa plume vous fera vibrer, espérer et sourire. Une belle découverte que je recommande à tous les amateurs de littérature française actuelle.

 

Retrouvez tout l’univers de l’auteur sur le site des Editions Calmann-Levy
Retrouvez ce roman sur le site des Editions le Livre de Poche

Né sous une bonne étoile d’Aurélie Valognes

Littérature française – Livre sorti le 4 mars 2020

Editions Mazarine

Service Presse

Ma note : 3,5/5

 

Avant de commencer, je tiens à remercier les éditions Mazarine pour m’avoir envoyé ce roman et m’avoir ainsi permis de le lire en avant-première.

Résumé : Parfois, il suffit d’un rien pour qu’une vie bascule du bon côté…  Un roman universel, vibrant d’humour et d’émotion

À l’école, il y a les bons élèves… et il y a Gustave.

Depuis son radiateur au fond de la classe, ce jeune rêveur observe les oiseaux dans la cour, ou scrute les aiguilles de la pendule qui prennent un malin plaisir à ralentir. Le garçon aimerait rapporter des bonnes notes à sa mère, malheureusement ce sont surtout les convocations du directeur qu’il collectionne.

Pourtant, Gustave est travailleur. Il passe plus de temps sur ses devoirs que la plupart de ses camarades, mais contrairement à eux ou à Joséphine, sa grande sœur pimbêche et première de classe, les leçons ne rentrent pas.  Pire, certains professeurs commencent à le prendre en grippe et à le croire fainéant.

À force d’entendre qu’il est un cancre, Gustave finit par s’en convaincre, sans imaginer qu’une rencontre peut changer le cours des choses.

Parfois, il suffit d’un rien pour qu’une vie bascule du bon côté…

Un roman universel, vibrant d’humour et d’émotion

 

L’avis de #Lilie : Aurélie Valognes est entrée dans le paysage littéraire français en 2014 avec son roman « Mémé dans les orties« . J’ai résisté avant de la lire, puis un jour, je me suis lancée ! Et là, je dois dire que j’ai succombé aux écrits de mon homonyme. J’adore lire ses romans qui, sous couvert de l’humour, dénoncent des comportements ou nous incitent à réfléchir. J’attendais donc avec impatience « Né sous une bonne étoile », surtout qu’il se passe dans le milieu scolaire. 

Dans ce roman, nous faisons connaissance avec Gustave, un petit garçon sur le point de rentrer en CP. Plein d’appréhension, il veut faire de son mieux pour faire plaisir à sa maman, surtout que sa sœur, Joséphine, est bonne élève et tout semble facile pour elle. Pourtant, l’école ne sera pas une partie de plaisir pour le petit garçon. Comment va-t-il vivre sa scolarité ? Tous les enfants sont-ils « condamnés » à évoluer au sein de l’école avec une étiquette sur leur front ?

Gustave est un petit garçon timide, un brin rêveur, qui dit toujours ce qu’il pense. Ce franc parler peut passer pour de l’insolence alors que Gustave veut juste répondre en tout franchise à ses interlocuteurs. Lent dans son travail, il va vite rencontrer des difficultés en classe et des professeurs qui ne seront pas forcément à son écoute. Rapidement, il est étiqueté « cancre » et cela va le suivre tout au long de son école élémentaire. Arrivé au collège, les choses se corsent mais vont aussi évoluer, dans tous les domaines… C’est un personnage très attachant et il est clairement le gros point positif de ce roman. Sa sœur Joséphine, en revanche, est insupportable. Hautaine, se sentant supérieure, elle va néanmoins évoluer au fil de l’histoire et finir par prendre sa place de grande sœur. Enfin, les parents de Gustave sont présents en toile de fond. D’un côté, il y a un père absent et de l’autre, une maman qui se donne corps et âmes pour aider son petit garçon à réussir. J’ai été touchée par ce personnage pour qui la vie est loin d’être un long fleuve tranquille.

Au cours de cette lecture, je suis passée par plusieurs phases : étonnée, triste, enthousiaste… En bref, j’ai vécu, une nouvelle fois, un tourbillon émotionnel au fil des pages. Pourtant, ce livre a fait saigner mon cœur de maîtresse d’école. J’ai souffert au côté de Gustave en le voyant en difficulté et mis à la marge par certains de ses enseignants. Même si l’autrice en profite pour tacler certaines pratiques d’enseignement, elle nous montre aussi que certains professeurs sont prêts à tout pour aider leurs élèves. Pour ma part, il est inconcevable de laisser des enfants sur le bord de la route. En effet, notre métier consiste à faire évoluer nos élèves, en tenant compte des capacités et aptitudes de chacun et cet aspect du métier est développé, ce qui est appréciable. Néanmoins, par rapport à ses titres précédents, l’autrice joue beaucoup moins la carte de l’humour et je dois dire que j’aurais apprécié une pointe de légèreté par moment…

Pour conclure, j’ai aimé cette nouvelle histoire d’Aurélie Valognes qui nous décrit le quotidien, pas toujours facile, du petit Gustave. Je regrette l’absence de la petite pointe d’humour qui fait, d’habitude, le charme des romans de l’autrice. Néanmoins, ce livre est un beau message d’espoir, qui nous montre que quand on veut quelque chose, on y arrive toujours, à condition de ne pas baisser les bras !

Retrouvez tout l’univers d’Aurélie Valognes sur son site officiel
Retrouvez ce roman sur le site des Editions Mazarine

HÉRITAGE de Eric Brière.


« Laisse dire et sois patiente. Attends de devenir une grande fille et là, tu verras, ils te regarderont bien différemment » lui disait sa grand-mère lorsque celle-ci se glissait sous ses jupes pour pleurer sur son malheur de petite fille peu harmonieuse.
Névrotique et nymphomane, il lui faut quitter Paris le temps nécessaire pour se réparer physiquement et moralement. Un séjour dans sa Bourgogne natale chez sa sœur devrait être un moment de répit et surtout de repentance pour son absence et son manque de soutien vis-à-vis de son aînée après le décès de ses parents. Un repos marqué par une rencontre mystique à l’abbaye Sainte-Marguerite et le réveil d’un passé caché et douloureux menacent la fragile cicatrisation de son cœur et âme écorchés. Il lui faudra faire preuve de force pour canaliser à nouveau ses pulsions destructrices. Mais on ne se refait jamais…

 
Ceci est ni un conte de fée ni une histoire de princesse. Elle ne vécut pas heureuse. Elle s’accrochait à la vie, car elle le devait mais pas pour de bonnes raisons. Elle ne vivait pas une folle vie, elle la détestait, énormément.
Elle aimait la destruction, le désir, la jouissance, l’abandon charnel violent comme une rédemption vive et absolue. Elle aimait se perdre dans ses désirs.

 

Lucille cherche à se défaire de ses démons. Les oubliés un temps, une envie de se reconstruire, tenace. Une envie de se reconnecter avec la réalité et sa vie, celle qu’elle a abandonnée il y a quelques années de cela, celle aux côtés de sa sœur. Sa Bourgogne natale, terre de souvenirs et de douleurs. Un aparté de quelques jours où bonheur, obsession et secrets s’entremêlent. Sera t-elle assez forte pour continuer sa route ?

 

Eric Brière signe un étonnant roman d’aventure. J’ai beaucoup apprécié la force qui se dégageait de Lucille. Un femme extravagante qui cache ses blessures psychologiques sous une tonne de condescendance. Une femme fragile qui n’aspire qu’à trouver le calme. Une femme ballottée par ses erreurs et ses douleurs. Eric Brière introduit au cours de son roman une part de spiritualité fantastique, je ne sais pas trop comment la nommer, qui aurait pu être intéressante si l’auteur l’aurait exploité jusqu’au bout. Je ne suis pas sûre d’avoir compris cette parenthèse et surtout y voir l’intérêt qu’elle aurait pu apporter au fil de l’histoire déjà très riche en rebondissements. J’ai été mal à l’aise face à cela et perplexe. Ceci dit cela n’enlève rien à l’histoire principale qui m’a plongée dans les affres de l’âme humaine et ce qu’elle a de plus sombre. Une histoire aussi bouleversante que magnifique portée par une plume qui sait faire vibrer.

 

Une chronique de #Esméralda.

AMÈRE de Angélique Maurin.


 
Amère est une histoire de femmes. De femmes intenses et passionnées jusqu’à l’obsession. Diane et Edmée ne sont pas les seules protagonistes de ce roman, mais leurs personnalités troubles, sans concessions, tour à tour émouvantes ou détestables le construisent.
Contraires, opposées, ces deux héroïnes dramatiques n’ont en apparence rien d’autre en commun que cette filiation effective qu’elles refusent toutes deux avec tant de force. Et pourtant… Pourtant leurs destins vont irrémédiablement se croiser, se mêler, dans une valse douloureuse et cruelle où les amours de leurs vies ne seront que d’adorables et d’adorés pantins.

 
 
Un roman sensible où les non-dits engendrent sur des générations un mal-être puissant et des questionnements existentiels.
Angélique Maurin dépeint ici une fresque familiale intense. De génération en génération on voit apparaître ces blessures intenses, profondément marquées par des actes ou des mots. Comme un funeste héritage, chacune de ses femmes vont prendre à leur niveau des résolutions qui comme un effet boomerang font se percuter sur la génération suivante. Les tragédies funestes vont marquer ses vies au fer rouge. Pourtant, s’ouvre cette porte où résilience et pardon offrent une échappatoire salutaire et impitoyable.

 

Edmée a toujours été la fille chérie à son papa. Une enfant choyée par un père l’admirant sans limite. Edmée est vite devenue le vilain petit canard. Une maman qui la délaisse au profit de la fille ainée qui est à l’image même de cette maman délicate et austère. Edmée, enfant roi, ne supporte pas la frustration et a toujours obtenu ce qu’elle désirait. Edmée, grandit dans cette configuration-là. Alors que sa grande sœur découvre l’amour, elle tombe amoureuse du fiancé. Un amour partagé et incompris, fou et impétueux, toxique et ravageur. Edmée met au point un plan machiavélique qui va finalement se retourner contre elle. La naissance de cette fille aurait dû l’unir sa famille. Mais au contraire elle est confrontée au rejet et à l’abandon. Cette fille, Diane, est confiée à sa grand-mère maternelle qui l’élèvera dans le bonheur et une atmosphère apaisante.

 

Diane, enfant rejetée, grandit avec cette ombre à son tableau. L’abandon est un acte terrible que tout enfant ne devrait pas subir. Malgré tout l’amour de sa mamie, Diane doit faire face à ce trou béant remplit de haine et de colère. Carapace après carapace, sa froideur, sa peur des sentiments, sa peur de l’amour, Diane devient hermétique. Pourtant un homme rentre dans sa vie. Son amour pour elle est immense, pur et foudroyant. Il l’apprivoise peu à peu mais doit faire à un obstacle de taille et pas des moindres.

 

Louma, la petite dernière, sera le trait d’union de toutes ces vies détruites. Louma sera le symbole de cette errance, le symbole de la fin, d’une belle fin.

 

AMÈRE est un très joli roman. Une plume qui m’a emportée dans ses destins croisés où la douleur, la peine, l’amour, l’amitié se combinent pour ces histoires hors du commun. Cependant je regrette que l’écriture soit identique à tous les personnages. Il n’y a pas vraiment de différence à ce niveau-là même si les traits psychologiques sont propres aux protagonistes. Une écriture soutenue qui casse un peu la fluidité et qui ne colle pas parfois au conteste du roman. Ceci dit, j’ai passé un agréable moment de lecture, Angélique Maurin décrypte les tourments de ces femmes.

 

Une chronique de #Esméralda.

DÉBUTANTS de Catherine Blondeau.


Juillet 2004. L’inauguration du musée national de Préhistoire réunit en Dordogne Nelson Ndlovu, archéologue sud-africain invité aux cérémonies, Peter Lloyd, traducteur anglais installé là depuis quinze ans, et Magda Kowalska, jeune femme polonaise qui tient une maison d’hôtes dans le village.
L’été voit naître entre eux un grand rêve d’amour et d’amitié. La gaité de Magda, les silences de Peter et la flamboyance de Nelson recèlent pourtant bien des secrets. Lutte anti-apartheid et migrations forcées, violence des héritages et désirs de liberté, peur de l’enfantement et poids des attachements. Les récits s’entrecroisent et les vies se répondent dans cette fresque haletante où l’Histoire n’épargne personne.
Catherine Blondeau vit à Nantes où elle dirige un théâtre. Débutants est son premier roman.
 

 
Roman choral, intimiste, sur ces vies qui se sont construites sur des mensonges et faux-semblants. Roman terriblement intimidant et profondément humain.

DÉBUTANTS n’est pas un roman qu’il faut lire à la va vite. C’est une lecture qui demande beaucoup d’attention. Un roman vibrant où la vie de ces hommes et de cette femme se croise et se décroise, laissant un parfum parfois d’amertume, d’espièglerie, d’amour fraternel, d’amour charnel.

Voyages dans le temps, vagabondages émotionnels de ce temps qui marque l’esprit et l’âme à jamais façonnant des êtres sensibles à la quête de leurs vérités.

Peter, homosexuel, anglais, éperdument fou des mots et de musique, narre sa vie et ses tourments, son amour pour un homme libre et sa peine lorsque ce dernier rend son dernier souffle. Il conte ses rêves, sa liberté, son amour fidèle, ses craintes et ses désillusions.

Nelson a connu l’Apartheid grâce aux mots de sa mère, fervente militante. Il raconte cette période horrible de son peuple comme si il y avait vécu. Exilé à Paris alors qu’il n’était qu’un petit garçon, il se prend d’affection pour ce mouvement militant. Articles, lectures croisées, tout est bon pour se documenter. Étudiant il veut absolument renouer avec ses racines. De retour à Johannesburg, il se passionne pour l’histoire de son pays et ses dérives. Et puis ce point d’interrogation crucial et vital : ce père inconnu et impliqué dans les combats. Une quête sur cette vérité à la recherche de cette partie inexistante d’un homme aux abois.

Magda est polonaise. Elle est née dans cet état où le prolétariat régné. Son enfance, elle en garde un souvenir lumineux : ces heures à jouer dans la rue, ces heures à écouter sa grand-mère parler de la France, ces heures à cuisiner, ces heures à biner et désherber le jardin. Magda est devenue une jeune femme solaire, avide de liberté. Elle narre son « tour du monde des hommes », ses secrets, ses rencontrer et sa peine. Celle d’avoir été abandonnée. Ce trou béant qui lui a enlevé une partie de son être.

Nelson, Peter et Magda forment ce trio où les liens intrinsèques sont une évidence.

Catherine Blondeau nous offre un premier roman remarquable. Des histoires portées par cette volonté inépuisable de défaire les non-dits et de révéler le meilleur comme le pire de l’humanité. La mort, la vérité, les mensonges, l’avidité d’autres choses, l’amour, l’amitié se déchaînent dans un ballet formidable. Elle met en évidence les fêlures de ses personnages et les dépeint avec frénésie.

Un roman à dévorer avec passion et lenteur pour se laisser porter par la beauté parfois cruelle de ces vies.

Oui, le peuple noir avait livré un noble combat pour se soustraire à l’oppression d’un pouvoir blanc inique. Mais chaque témoin, chaque récit, chaque douleur finissait par égratigner une histoire qu’on aurait rêvé plus belle, par fragiliser la grande fresque é^pique de la libération qu’on aurait voulu pouvoir se raconter sans arrière-pensée. La mythologie héroïque de la lutte menaçait chaque jour un peu plus de se dissoudre dans le grand chaudron de la confession.
 
Une chronique de #Esméralda

LA CHUTE, CETTE BELLE ENVOLÉE de Amélie Dieudonné.

[ ROMAN – 2019 ]
Éditions L’HARMATTAN – Collection Rue des écoles / Littérature
132 pages
Ma note : 4,5/5
Lien Kindle

Le résumé :
Elia, vingt-six ans, amoureuse, psychologue, s’épanouit dans une vie agréable. Un jour, brutalement, son quotidien chavire. Le froid s’empare de son corps, son sourire s’éteint. Dans ce roman, Amélie Dieudonné s’aventure sur les traces d’Elia, une jeune femme qui lutte pour survivre, qui lutte pour se défaire d’un job destructeur, d’une relation fanée, du carcan sociétal dans lequel elle étouffe, qui se bat pour rallumer la flamme au creux de son cœur : être soi, explosive, étincelante.
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Elia a la tête pleine de rêves. La liberté, la découverte, l’épanouissement et son diplôme de psychologie qui lui ouvre les portes d’un monde convoité, elle est à l’aube de ce changement. Elle se sent si prête si joyeuse. Être psychologue s’est faire face à de nombreux préjugés. Elle, elle s’efforce d’aider les enfants démunis face à la méchanceté et la cruauté du monde des adultes. Son empathie, sa gentillesse et sa volonté de prendre soin d’eux sont plus forts que tous les petits inconvénients. Des dossiers à la pelle, l’absence de pause, le manque d’équipements et la désinvolture d’un patron tyrannique. Elle met tout son cœur pour ses petits patients. Elia veut y croire. Elle se doit d’être forte. Pourtant au fil des mois, la volonté s’étiole et la pureté  de ses actes se fanent. Elia n’est pas une super héroïne. Elia est une femme qui se perd dans ce qui lui tenait à cœur. Elia est juste humaine. Elia a besoin de se retrouver : ce qu’elle était, ce qu’elle est et ce qu’elle sera. Elia a besoin de souffler et de reprendre contact avec cette liberté qui lui faisait tant envie. Et puis un jour elle sombre. Elle n’en peut plus, ne se lève plus. Les mots ne sortent plus, ils s’agglutinent en elle, la noient. C’est le noir, c’est la chute. Comment arrivera t’elle à se relever ?

 

Amélie Dieudonné signe ici un roman bouleversant. Un roman intense où les émotions de cette femme aux abois prennent aux tripes. Le burn out est un sujet sensible et délicat. Comme une malédiction, il est souvent tu ou mécompris. Avec sensibilité et transparence Amélie Dieudonné retranscrit les étapes. De l’euphorie à l’abattement, de la dépression à l’engouement, les états psychologiques m’ont accaparée. Un cycle infernal qui se solde par l’impuissance.

 

Grâce à un habile jeu entre le passé et le présent, entre le « elle » et le « je », ces dissociations mettent en exergue cette dissonance fourbe. La mélancolie s’invite dans cette histoire où la colère et l’impuissance tissent leur lien et dansent sur un rythme macabre. L’impuissance et le découragement accaparent l’être. Et le froid de la non existence contrôle l’âme.

 

Bouleversant, ce roman intimiste m’a plongée dans les dédales de la souffrance. Amélie Dieudonné insuffle, pourtant, une belle dose d’enthousiasme et de force, car si le chemin vers le bonheur est sinueux et dangereux, la lumière est souvent au bout.

 

Une chronique de #Esméralda.

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… le site des éditions L’Harmattan.

RIEN N’EST NOIR de Claire Berest.

[ ROMAN – 2019 ]
Éditions STOCK – Collection La Bleue
250 pages
Ma note : « incontournable 2020 »
Lien Kindle

 

 

Le résumé :
« À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.
Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.
Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.»
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Coup de cœur ! Choc ! Ébahie ! Ce roman claque !

 

Claire Berest s’arme de sa palette de couleurs. Couleurs primaires, bleu, rouge, jaune, pour une multitude de nuances. Couleurs primaires pour relater une vie, une femme haute en couleurs. Un panel de couleurs pour décrire les émotions, les turpitudes, la réalité, la solitude, la souffrance, le déchirement, le splendide, le désarroi, la perte, la douleur, l’amour, la passion, la perte dans l’autre, la vie, la mort. Frida Kahlo est l’explosion de tout cela. Frida Kahlo aime jouer, déteste perdre, aime se perdre, aime se retrouver, aime la vérité et déteste la découvrir, aime l’exubérance et déteste les mondanités, aime se peindre et se déteste. Frida Kahlo est tout. Entière, dévouée et passionnée dans une souffrance qui ne s’endort jamais et qui la pousse dans les confins de sa conscience, de son âme.

 

Au fil des pages, les tableaux de la célèbre artiste deviennent le fil conducteur. Claire Berest peint une toile gigantesque et lui donne un sens, un sens fictionnel, mais un sens emprunt d’une profonde humanité. Claire Berest parle de la femme passionnelle qu’elle fut. Au cœur de cet amour toxique et fusionnel, Frida et Diego, deviennent les héros d’une romance contemporaine. Héros nantis, ils s’aiment tout autant qu’ils se haïssent.

 

Roman aussi splendide et aussi troublant, mon cœur bat encore le tempo de cette histoire intemporelle. Roman éprouvant, roman éblouissant rythmé par une plume nerveuse et doucereuse, RIEN N’EST NOIR m’a plongée au cœur du grandiose, de l’incommensurable, du bouleversant, d’une fresque où la fatalité fait rage et où l’impromptu illumine.

 

Il s’aperçoit qu’il ne lui a jamais dit que son amour pour elle était la meilleure partie de sa vie et que, maintenant, c’est trop tard. Et il se souvient qu’elle, Frida Kahlo, disait souvent ce genre de phrases avec cet air inimitable de Frida Kahlo – La mort n’est qu’un processus pour exister panzón, no ? OU encore – Nous mourrons à chaque seconde, mi hijo, alors ça ne vaut pas le coup de quitter ce monde sans être un peu amusé, si ? Et surtout – Si on aime de fol amour, alors il faut le dire très très vite, parce qu’après on meurt, non ?
Et il voit les yeux de Frida.
Ce noir plein de lumière.

 

Une chronique de #Esméralda

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