LA DERNIÈRE CHANCE DE ROWAN PETTY de Richard Lange.

 
[ LITTÉRATURE CONTEMPORAINE ÉTRANGÈRE – Nouveauté 2019 ]
Éditions ALBIN MICHEL – Collections TERRES D’AMERIQUE
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Barbe-Girault
416 pages
Ma note : 3/5
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Le résumé :
Rowan Petty est un escroc à bout de souffle. Quand il n’arnaque pas des veuves esseulées, il triche au poker. Sa femme l’a quitté pour un autre escroc, sa fille ne lui parle plus depuis sept ans, et même sa voiture l’a planté… Jusqu’au jour où une vieille connaissance lui propose une dernière chance : filer à L.A. où des soldats en poste en Afghanistan auraient planqué deux millions dollars détournés. En compagnie de Tinafey, une sublime prostituée lasse de tapiner et avide d’aventures, il file en direction du Sud. Un jeu dangereux commence auquel vont se retrouver mêlés un vétéran blessé, un acteur fini, et la fille de Petty. Pour le gagnant : une fortune. Pour le perdant : une balle dans la tête.
On retrouve l’univers à la fois sombre, jubilatoire et attachant de l’auteur de Dead Boy et Angel Baby. Un hommage au roman noir, aussi efficace que maîtrisé.
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Dans la vie Rowan Petty a toujours joué avec la corde raide et survivre dans un monde où le bien et le mal n’est pas franchement défini et encore tout dépend du point de vue. Rowan a la débrouille dans le sang. Petits coups montés à la sauvette pour se faire quelques billets rapidement, d’autres bien plus élaborés et puis y a le jackpot. Le coup d’une vie qui ne se présente qu’une seule fois. Rowan a le cuir dur, de ceux qui ont roulé leur bosse et qui connaissent toutes les ficelles du métier, car s’en est bien un. Rowan a connu le temps où il était le roi des magouilles en tout genre et les poches remplies d’oseilles. Il a côtoyé la chance qui se fait la malle une fois sur deux, mais ce sont là les risques du métier. Rowan est un gars bien sympathique dont il faut tout de même se méfier, il a la verbe des manipulateurs qui seraient capable de vous vendre un bout de papier en vous confirmant que vous allez devenir riche. Rowan a connu son temps où la malchance lui collait aux baskets et les coups durs, comme le jour où sa femme le quitte pour son meilleur pote se retrouvant ainsi avec leur gamine sur les bras. Sam est son rayon de soleil et il se rappelle tout de cette petite bouille qu’il a du laissé à sa mère. Un choix dur mais œuvré dans le but de protéger son unique trésor. Rowan est ni un looser ni un lâcheur. Quelques soient les défaites ou les déroutes, il trouve toujours un moyen de rebondir. La débrouillardise et la témérité sont des atouts précieux dans un monde de chacals prêts à dévorer les restes. Rowan Petty est au antipode d’une super héros, il mérite pourtant votre attention.

 

Direction la Californie pour le coup du siècle. Motel miteux, banlieue craignos, filature, une petite Sam qui a bien grandi, une prostituée Tinafey extraordinaire, un acteur qui a perdu de son prestige, un vétéran estropié, une ex femme et son nouveau mari et deux millions de dollars. Résultat : une sacrée course contre la montre où les balles fuseront dans un certain chaos.

 

Je découvre pour la première fois la plume énergique de Richard Lange et son univers. Une ambiance glauque où le glamour a très peu de place. Des endroits miteux, des gens dingues et peu fréquentables, de la folie, de la douleur, du sang, de complots, des mensonges, tout autant d’ingrédients qu’aime mettre en valeur Richard Lange. Le underground américain où le rêve s’est fait la malle depuis belle lurette. Cette lecture ne m’a pas subjugué. Pourtant j’ai aimé découvrir ce Rowan Petty auquel j’ai fini par m’attacher. Il n’y a pas de véritables surprises tout au long de la lecture. Certaines longueurs redondantes apparaissent ici et là. La psychologie des personnages est soignée et éclectique et est, à mon sens, la force de ce roman.

 

Ni enflammée ni déçue, LA DERNIÈRE CHANCE DE ROWAN PETTY m’a permis de découvrir un auteur et par l’occasion de rallonger ma pile à lire avec DEAD BOYS (nouvelles) et ANGEL BABY.

 

#Esméralda

 
Je remercie Monsieur Geffard pour sa confiance.

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… le site des éditions Albin Michel

… le site officiel de Richard Lange.

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DE LA NATURE DES INTERACTIONS AMOUREUSES de Karl Iagnemma.

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[ RECUEIL DE NOUVELLES – LITTÉRATURE NORD AMÉRICAINE – Nouveauté 2018]
Éditions Albin Michel – Collection Terres d’Amérique
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marina Boraso
Titre orignal : On the nature of human romantic interaction, 2003
Ma note : 3/5 mention « à découvrir »
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Le résumé :

 

« Mon inventaire de l’amour se résume à peu près à Alexandra, alors que le sien se partage entre moi-même et d’autres ». Face à ce constat amer, Joseph, un jeune scientifique, imagine une série d’équations pour contraindre son amoureuse volage à n’aimer que lui. Mais peut-on soumettre l’alchimie des sentiments aux lois de la science ?
C’est la question, drôle et grave, que pose Karl Iagnemma dans ces nouvelles délicieusement ironiques où mathématiciens, universitaires et chercheurs tentent de rationaliser le domaine des sens, abordant de manière insolite l’adage de Pascal selon lequel  « le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Quitte à se heurter à d’autres énigmes, bien plus insolubles…
 « Le premier recueil d’un scientifique de haut vol qui sait malgré tout que le coeur humain est aussi important que les mathématiques. Son talent est fulgurant et n’a pas fini de nous étonner. » Kirkus Reviews.

 

 


Mon avis :

 

Mathématiques et amour, il ne m’en valait pas plus pour vouloir découvrir ce recueil de huit nouvelles assez différentes des unes et des autres. Voici les titres de ces nouvelles :

 

De la nature des interactions amoureuses
Le rêve du phrénologue
Le théorème de Zilkowski
L’approche confessionnelle
L’agent des Affaires indiennes
Règne, ordre, espèce
La femme du mineur
Les enfants de la faim

 

Je ne vais pas te parler de chacune de ses nouvelles, mais plus généralement. La plume de Karl Iagnemma est un vrai délice. L’auteur évoque avec beaucoup de malice ce sentiment d’amour extrême dans le milieu scientifique. L’intelligence n’est pas gage d’aisance en matière de sentiments amoureux. Leurs péripéties offrent souvent de belles scènes de désolation, de naïveté mais aussi de déchainements et de passion.

 

Dans chaque nouvelle, le ou la scientifique en est le personnage principal : on retrouve le scientifique à lunette caché chaque nuit derrière son écran, le phrénologue, les mathématiciens universitaires, l’artisan du bois, l’agent des Affaires indiennes, la scientifique arboricole, le mineur et le docteur. Il évoluent à la fois dans un cadre bucolique, intransigeant, glacial au grés des époques. Que ca soit courant du XIXe siècle ou fin du XXe siècle, l’amour est un moteur essentiel dans cette quête. Cette dernière peut se poursuivre dans des équations, dans la recherche du crane parfait de la femme parfaite, dans l’abandon, dans la persévérance, dans la passion, dans les entrailles.

 

Certaines nouvelles m’ont charmée par cette manière farfelue d’aller en la rencontre de l’amour. « Le rêve du phrénologue », profession que je ne connaissais pas qui consiste à étudier la morphologie de la boite crânienne et en déduire grâce à un cryptage compliqué l’avenir de leur propriétaire et de leur trait de caractères. A l’heure actuelle on prendrai cela pour du charlatanisme mais cela était assez convaincant au cours du XIXe siècle. Ensuite, « Les enfants de la faim » dans lequel un médecin étudie sur un sujet vivant le fonctionnement de l’estomac. La passion y est si dévorante que finalement l’amour n’a plus aucun sens.

 

D’autres m’ont touché par leur sensibilité. « Règne, ordre, espèce », où une jeune femme scientifique est totalement fascinée par la nature et son fonctionnement. A tel point quel déclame à ses amoureux successifs son amour, par le biais d’une longue tirade tirée d’un bouquin scientifique sur le sujet, qui est loin de laissé de marbre ces prétendants. Son obsession est de découvrir et rencontrer l’auteur de ce bouquin. « La femme du mineur » est une très belle ode à l’amour celui qui se mérite, celui qui dévore les âmes. Etre mineur n’est pas la panade, mais il est un des rares moyens de subsistance lorsqu’on est émigrant. Ce mineur est un passionnée d’arithmétique et tente de démontrer et créer en cachette la faisabilité que la surface d’un cercle peut être identique à celui d’un carré. Sa femme aimante croit alors qu’il est possédé par un démon quand elle découvre ces feuilles gribouillés de signes inconnus. Mais la persévérance et l’amour vont les mener sur le bon chemin.

 

Ce recueil offre huit nouvelles uniques par leur originalité. Les interactions humaines y sont décrites avec beaucoup d’honnêteté, de subtilité. L’ironie, la désillusion, la passion, la culpabilité viennent parachever ces histoires sublimes. Les personnages y sont dépeints dans toute leur complexité. La nature y est beaucoup présente, si le décor change et que les années défilent, j’ai eu l’impression que ces huit histoires se déroulent dans les mêmes lieux et environnement. Point que j’éclaircirai lors d’une prochaine lecture.

 

J’ai passé un agréable moment de lecture en compagnie du recueil de Karl Iagnemma. C’est un vrai délice de se laisser balader au grès « de la nature des interactions amoureuses ».

 

 


Lecture dans le cadre de la Masse Critique de Babelio en partenariat avec Les éditions Albin Michel, merci beaucoup !

 

 

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Vers le site des éditions Albin Michel, pour tout savoir !

Vers le site de Karl Iagnemma !

 

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Une lecture proposée par le Picabo River Book Club.

 

 

 

 

DANS LA CAGE de Kevin Hardcastle.

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[LITTÉRATURE NORD AMÉRICAINE – Rentrée littéraire 2018]
Roman noir
Éditions Albin Michel
Collection Terres d’Amérique dirigée par Francis Geffard
Traduction (Canada) par Janique Jouin-de Laurens
Titre original : IN THE CAGE
Format numérique (352 pages) : 14.99€
Broché : 22.00€
Ma note : 4/5 mention « à découvrir »

 

 


 

Le résumé :

 

Ancien champion de boxe et de free fight, Daniel a raccroché les gants après une blessure grave et dire adieu à ses rêves de gloire. Devenu soudeur, il mène aujourd’hui une vie tranquille avec sa femme et sa fille, âgée de douze ans, à Simcoe,  petite ville d’Ontario dont il est originaire. Difficile pourtant, dans une région minée par le chômage, de joindre les deux bouts. Aussi Daniel accepte-t-il de se mettre au service de Clayton, un caïd de seconde zone qu’il a connu dans son enfance, le temps de se renflouer. Mais vite écoeuré par la violence de ce milieu, il décide de s’affranchir et de remonter sur le ring. Sans se douter que, telle l’araignée prise dans sa toile, il ne pourra se libérer de l’influence néfaste de son ami…
Premier roman tout  en tension et en émotion, porté par un magnifique personnage digne d’une tragédie antique, Dans la cage révèle un jeune auteur canadien à suivre, dans la lignée de Donald Ray Pollock et Craig Davidson.
« Un livre nerveux dans lequel s’exprime la toxicité amère de ce que le roman noir offre de plus beau. »
Kirkus Reviews
« Imaginez un poing qui se serre lentement, phalange après phalange, et vous aurez un aperçu de la façon dont ce jeune écrivain construit son récit, avec une précision tout à la fois sombre, hypnotique, bouleversante et humaine. »
The Globe and Mail

 


 

Mon avis :

 

 

∞∞ LES PREMIERS LIGNES ∞∞
La première fois que Daniel avait combattu dans la cage, c’était le jour de son vingt-septième anniversaire. Jusque-là, il avait boxé chez les amateurs et son palmarès était de 22-2, dont vingt victoires par K.-O. Les défaites avaient toujours été sur décision de l’arbitre et il n’avait été blessé qu’à une seule occasion, mais il n’en avait jamais parlé à personne. IL n’aimait pas la boxe, et avant qu’on ne tente de le pousser à passer professionnel, son entraineur avait été envoyé à la prison de Fernbrook à cause de son activité avec le club de bikers du coin. Il n’était jamais revenu. Daniel avait cessé d’aller au gymnase, et en regardant un combat de boxe thaï à la télé, il avait décidé de passer à autre chose ? Au bout d’un an, il avait disputé douze combats de kick-boxing selon les règles nord-américaines et les avait tous gagnés par K.O. Il avait combattu au Québec, en Alberta et sur des réserves indiennes ; certains de ces combats n’avaient jamais été portés à son palmarès et d’autres s’étaient déroulés à la thaïlandaise, avec de pathétiques tapis de ring tachés et retachés par le sang des hommes.

 

 

Kevin Hardcastle signe avec IN THE CAGE son premier roman. Un roman noir si corsé qu’il est bien difficile d’en sortir indemne.

 

Violence, sang, haine, domination, manipulation, acharnement, désespoir, peur… tout autant d’éléments conférant une atmosphère quasi angoissante.

 

Malgré un départ en dent de scie, l’adaptation au milieu dans lequel évolue ce roman a été quelque peu difficile. Le monde de la boxe, du free fight est bien détaillé. Les notions techniques m’ont quelque peu donné le tournis. Heureusement, Monsieur Miss Chocolatine qui maitrise le sujet, c’est fait un plaisir de me faire une démonstration-explication. Je conçois que les novices pourront être déstabilisés par toutes ces données, il est préférable de prendre le temps de jouer au curieux, on en apprécie bien mieux la teneur du récit.

 

Daniel est le fils a son père. Il n’a rien d’un héros, un homme ordinaire. Une enfance heureuse. Daniel suit sa voie, son chemin sur lequel il rencontre Sarah qui devient son pilier, lorsque le glas des combats sonne. De retour dans sa ville natale Ontario, il fait vivre sa famille grâce à des petits boulots sur de gros chantiers de construction.  Survivre devient alors un sacrifice primordial. Il se fait embrigader par Clayton, un copain de toujours, et tient le rôle de négociateur dans les affaires scrupuleuses du pseudo boss. Ne supportant plus son rôle, il décide alors de tout arrêter. Le danger s’insinue alors silencieusement au sein de sa famille. Jusqu’à quel prix ?

 

J’ai adoré la trame de ce roman. Insidieusement, l’histoire m’a pris aux tripes. Si le rythme est assurément lent la quasi totalité des chapitres, les derniers m’ont donné de vraies sueurs froides. L’atmosphère pesante prend de l’ampleur au fil des pages. La pression est telle que j’ai ressenti cette lame aiguisée s’insinuant dans les plis de la gorge donnant les pires frayeurs. Kevin Hardcastle n’épargne à aucun moment son lecteur. Il insuffle dans les traits psychologiques précis, cette ambiance malsaine, défigurant les valeurs morales de l’Homme. La haine, la désolation, les coups bas s’infiltrent de page en page. Un engrenage perfide de la condition humaine. Kit de survie défaillant ou roue de la malchance, certainement des deux. Les poings tombent, les larmes coulent, la colère gagne. Rien n’est épargné et encore moins le lecteur.

 

Je ne suis pas une habituée du roman noir, et loin de m’en déplaire, j’ai trouvé ce dernier d’une intensité totalement incroyable. L’instrumentalisation des dialogues est assez magnifique. Répliques courtes et acerbes. En apparence, le silence et les non dits en disaient davantage. Malgré le fait que j’ai eu l’impression de tourner en rond dans cette cage tourmentée de la vie de Daniel, je l’ai perçu plutôt comme étant le percuteur prêt à être amorcer à l’instant T et adéquat. Et c’est sur cette attente là que Kevin Hardcastle excelle.

 

Ce premier roman est une très belle découverte. Pas de coup de cœur, mais j’attend avec beaucoup d’impatience son prochain roman. Comme une intuition : cet auteur peut offrir bien davantage. Affaire à suivre, donc !

 

 

 


 

Je remercie Monsieur Geffard pour sa confiance et Carol.

 

 

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UNE DOUCE LUEUR DE MALVEILLANCE de Dan Chaon.

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[ LITTERATURE CONTEMPORAINE NORD-AMERICAINE – Rentrée littéraire 2018]
Editions Albin Michel – Collection Terres d’Amérique (dirigée par Francis Geffard)
Traduction : Hélène Fournier
Titre original : Ill will

 

Format numériques (544 pages) : 16.99€
Broché : 24.50€
Ma note : 5/5 mentions « pépite » et « à découvrir sans tarder »

 

 


 

Le résumé :

 

« Nous n’arrêtons pas de nous raconter des histoires sur nous-mêmes. Mais nous ne pouvons maîtriser ces histoires. Les événements de notre vie ont une signification parce que nous choisissons de leur en donner une. »
Tel pourrait être le mantra de Dustin Tillman, psychologue dans la banlieue de Cleveland. Ce quadragénaire, marié et père de deux adolescents, mène une vie somme toute banale lorsqu’il apprend que son frère adoptif, Rusty, vient d’être libéré de prison. C’est sur son témoignage que, trente ans plus tôt, celui-ci a été condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches. Maintenant que des tests ADN innocentent son frère, Dustin s’attend au pire.
Au même moment, l’un de ses patients, un policier en congé longue maladie, lui fait part de son obsession pour une étrange affaire : la disparition de plusieurs étudiants des environs retrouvés noyés, y voyant la marque d’un serial killer. Pour échapper à sa vie personnelle, Dustin se laisse peu à peu entraîner dans une enquête périlleuse, au risque de franchir les limites que lui impose son rôle de thérapeute.
Plongée dans les ténèbres, celles d’un homme submergé par ses propres contradictions et les failles de sa mémoire, Une douce lueur de malveillance est un livre virtuose et vénéneux. Une écriture glaçante, une inventivité littéraire qui bouscule les structures du roman contemporain : rarement un écrivain aura su explorer le mystère de l’identité avec un réalisme aussi obsédant.

 

 


 

Mon avis :

 

Malveillance :
1-Tendance à blâmer, à lui vouloir du mal.
2-Intention de nuire, visée criminelle.

 

 

 

C’est la toute première fois que je découvre cet auteur de talent et à ce qu’il se dit c’est la toute première fois que Dan Chaon écrit un roman aussi sombre.

 

Je voudrais écrire cette chronique avec beaucoup de légèreté. Il s’avère même que j’ai du mal à la débuter. Je ne sais pas par où commercer ! Voilà la première fois qu’un roman me laisse sans voix et dans ce cas ci sans mots. Enfin deux me trottent dans la tête depuis que j’ai fermé ce roman : glaçant et psychédélique.

 

Allez, 1…2…3… je me lance !

 

Dustin, héros principal malgré lui, embringué dans sa propre vie irréelle et réelle. Petit génie malveillant et/ou sorcier es en tour de magie, Dustin enfant vit dans un monde où tout semble possible selon lui. Imagination fertile et envahissante, son lui évolue dans un monde attaché à une réalité aussi fictive que vraie. Dustin est vraisemblablement niais, manipulable, modelable à souhait. Une enfant inoffensif, proie idéale pour toutes personnes malfaisantes de son entourage. Ce dernier est composé de parents aimants, d’un grand frère adopté adepte des théories sataniques (Rusty), d’une tante et d’un oncle mariés et respectivement frère et sœur de ses parents, de deux cousines sœurs jumelles au mœurs libres ( Kate et Wave). Une famille atypique anéantie par la folie humaine. Quatre orphelins, le plus grand condamné à la prison à vie et les trois autres condamnés à vie au deuil et au souvenir.

 

Dustin a grandit, s’est marié, a deux garçons, est psychologue et continue à vivre d’une certaine façon normalement. Jusqu’au jour où sa normalité est happée par le gouffre de la mort, de l’abandon, de la solitude et de l’inimaginable.

 

Souvenirs, illusions, passé et réalité s’entrechoquent, bouleversent, interpellent, hantent l’impénétrable inconscience humaine barricadée et ensevelie.

 

Un résultat subjuguant retraçant un parcours de vie usant, révoltant, dangereux, éprouvant et bouleversant. La passé reprend ses droits sur le présent. Un présent noir, endeuillé, encrouté, fané et pernicieux. Un présent soumis à une nouvelle quête de vérité embarquée par un policier aguerrie.

 

Dan Chaon est un maître de la manipulation psychologique. Il a su créer une atmosphère oppressante qui évolue sans cesse menant ses personnages vers une possible rédemption. L’auteur tisse sa toile lentement et magnifiquement autour des protagonistes. Les piégeant stratégiquement tour à tour.

 

L’auteur prend à parti son lecteur dans une sorte de tour infernale, ne lui laissant aucun répit, l’interpellant par des effets de style que je n’ai jusqu’alors jamais vu. Il se joue de toi, t’envoute et joue avec tes sens. Il exacerbe ton sentiment d’insécurité, il t’affole, il t’inflige l’horreur. J’ai vraiment eu cette impression d’appartenir au livre (non pas dans la peau d’un personnage) et que j’avais une place primordiale au cœur de la trame.
Ce roman m’a rendue complétement dingue, c’est peut être la cause de ma difficulté à en parler.

 

Ce roman est unique, atypique. A découvrir mordicus !

 

 


En partenariat avec le PICABO RIVER BOOK CLUB. Je remercie infiniment Léa et les éditions Albin Michel pour leur confiance.

 

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GOODBYE, LORETTA de Shawn Vestal.

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[LITTÉRATURE NORD AMÉRICAINE – Nouveauté 2018]
Albin Michel – Collection Terres d’Amérique
dirigée par Francis Geffard
Traduction : Olivier Colette

 

Format numérique (352 pages) : 15€99
Broché : 23.00€
ma note : 5/5 mention « pépite »

 

 

 

Je remercie l’équipe de la collection Terres d’Amérique pour leur confiance.

 


 

Le résumé :

 

Short Creek, Arizona, 1974. Loretta, quinze ans, vit au sein d’une communauté de mormons fondamentalistes et polygames. Le jour, elle se plie à l’austérité des siens, la nuit, elle fait le mur et retrouve son petit ami. Pour mettre un terme à ses escapades nocturnes, ses parents la marient de force à Dean Harder, qui a trente ans de plus qu’elle, une première femme et déjà sept enfants…
Loretta se glisse tant bien que mal dans son rôle d’ « épouse-soeur », mais continue à rêver d’une autre vie, qu’elle ne connaît qu’à travers les magazines. La chance se présente finalement sous les traits de Jason, le neveu de Dean, fan de Led Zeppelin et du Seigneur des anneaux, qui voue un culte au cascadeur Evel Kneievel. C’est le début d’une aventure mémorable aux allures de road trip vers la liberté qui va vite se heurter à la réalité…
Un superbe roman, profond et drôle à la fois, qui nous plonge au coeur de la mythologie de l’Ouest américain, tant sacrée que profane.

 


Mon avis :

 

Goodbye, Loretta est le premier roman de Shawn Vestal. Et quel roman ! Je ne peux que souligner le travail minutieux de l’auteur. Et cette passion que l’on ressent à travers ses mots, ce voyage inouï dans cette communauté très fermée. J’ai toujours été intriguée par cette communauté me demandant comment est-il possible de vivre de cette manière dans notre monde, comment est-il possible d’occulter le confort amener par la modernité ? Les mormons sont-ils à l’image même d’un modélisme sectaire ? Ce qui est fabuleux dans ce roman, est le fait que l’auteur apporte de nombreux points de vue pour répondre à tout un tas de questions. Sans jugement, laissant le lecteur se faire sa propre idée de cet univers intransigeant.

 

Frontière floue entre fiction, documentaire et témoignage, Vestal nous plonge dans L’Amérique des années 70, fermée, isolée. Un empire avec ses propres lois. Loretta est l’emblème d’une vie déchue, ses parents mormons se tournent vers le fondamentalisme. Elle connaît le confort apporté la modernité. Mais elle se retrouve à Short Creek et son monde s’écroule. Plus de télévision, plus de céréales, plus de rien. Rien que les prières, l’école, le travail et les prières. Une ritournelle ensorcelante, macabre, destructrice. Elle n’est plus que l’ombre d’elle même, trouvant un certain réconfort lorsqu’elle fait le mur pour retrouver le monde extérieur, l’alcool et les garçons. Loretta est une jeune femme extrêmement remarquable qui prend son mariage forcé avec une certaine philosophie. Son statut « épouse-sœur » a quelque chose de terrifiant, une place sans en être une. Les tâches insoutenables, la nourriture fade, l’inconfort et un mari aux airs vicelards. Mais son espoir de liberté est toujours là, enfoui. Elle patiente, elle réfléchit, imagine des scénario, elle cherche, elle croit, elle manipule… Elle y arrivera, elle en est certaine. Même si l’extérieur reste un mystère, même si elle est terrifiée, elle a eu tout le temps nécessaire pour apprendre à utiliser les mots à bon escient.

 

Goodbye, Loretta est un corps à corps époustouflant. Un duel permanent entre les cultures, Dieu, le Bon, le Mauvais. La violence de l’espoir, de la peur, des croyances, des regards, du désert. Un souffle contenu qui n’attend que d’être libéré. Une vieille voiture, de la musique, des hamburgers, de la bière, Evel Knievel, un tee-shirt, un chéquier, les cheveux dans le vent et un sourire flamboyant. Loretta sera heureuse comme cette fille aux lèvres écarlates posant sur une décapotable du magasine.

 

Ce roman est une ode à la vie, à se défaire des liens, à voyager, à essayer, porté par une héroïne qui ne vous laissera pas indifférent, vous charmera, vous suppliera, vous envoutera. Vous succomberez sans aucun doute !

 

 

 

A propos de l’auteur :

Shawn Vestal s’est fait connaître par ses nouvelles, d’abord publiées dans de célèbres revues littéraires puis réunies dans un recueil intitulé Godforsaken Idaho (non traduit en français), qui a été récompensé par le PEN/Robert W. Bingham Prize. Il est par ailleurs éditorialiste pour The Spokesman-Review. Goodbye, Loretta est son premier roman.

 

 

 

 

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Vers le site officiel de Shawn Vestal !

Vous aimez la littérature Nord-Américaine ou vous êtes curieux, n’hésitez pas à rejoindre le PICABO RIVER BOOK CLUB !

 

 

 

 

 

LaRose de Louise Erdrich.

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[LITTÉRATURE NORD AMÉRICAINE – 2018]
Traduction : Isabelle Reinharez
Albin Michel – Collection Terre d’Amériques dirigée par Francis Geffard
Service presse en partenariat avec le Picabo River Book Club.

 

 

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Je remercie les éditions Albin Michel et Léa du groupe Picabo River Book Club pour m’avoir permis de découvrir mon premier roman de Louis Erdrich.

 

 


 

 

Le résumé :

 

Dakota du Nord, 1999. Un vent glacial souffle sur la plaine et le ciel, d un gris acier, recouvre les champs nus d un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c est la chasse au cerf qui annonce l entrée dans l automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, est impatient d honorer la tradition. Sûr de son coup, il vise et tire. Et tandis que l animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans.
Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, couronné par le National Book Critics Circle Award, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L auteur continue d y explorer le poids du passé, de l héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences.

 


 

 

Mon avis :

 

Ce qu’elle apprit
Avant de mourir, la première LaRose enseigna à sa fille comment trouver les esprits protecteurs dans chaque endroit qu’elles parcouraient à pied, comment guérir les malades avec des chants, des plantes, quels lichens manger en cas de faim dévorante, comment poser des pièges, attraper des poissons au filet, allumer un feu à l’aide de brindilles et de copeaux de bouleau. comment coudre, comment faire bouillir les aliments en se servant de pierres chaudes, comment tresser des nattes de roseaux et fabriquer des récipients en écorce de bouleau. Elle lui enseigna comment empoisonner le poisson au moyen de certaines plantes, comment fabriquer un arc en flèches, comment tirer au fusil, s’aider du vent lorsqu’elle chassait, comment fabriquer un bâton pour creuser, déterrer des racines, sculpter une flûte, en jouer, broder de perles un sac à bandoulière. Elle lui enseigna comment savoir d’après les cris des oiseaux quel animal venait d’entrer dans les bois, comment savoir d’après les mêmes cris des oiseaux d’où arrivait arrivait le mauvais temps et de quel genre de mauvais temps il s’agissait, comment savoir toujours d’après les cris des oiseaux si vous alliez mourir ou si un ennemi était sur vos traces. Elle lui apprit comment empêcher un nouveau-né de pleurer, comment amuser un enfant plus âgé, comment nourrir les enfants de tous âges, comment attraper un aigle pour lui arracher une plume, faire choir une perdrix d’un arbre. Comment tailler un fourneau de pipe, brûler le cœur d’une branche de sumac pour confectionner le tuyau, comment confectionner du tabac, du pemmican, comment récolter le riz sauvage, danser, le vanner, le faire sécher et le stocker, et fabriquer du tabac pour sa pipe. Comment percer les troncs d’arbre, tailler des chalumeaux pour collecter l’eau d’érable, comment fabriquer du sirop, du sucre, comment faire tremper une peau, la racler, comment la graisser et la préparer en utilisant la cervelle de l’animal, comment la rendre souple et satinée, comment la fumer, quels ingrédients utiliser. Elle lui enseigna comment fabriquer des moufles, des jambières, des makazinan, une robe, un tambour, un manteau, un sac avec l’estomac d’un élan, d’un caribou, d’un bison des bois. Elle lui enseigna comment laisser son corps derrière elle lorsqu’elle était à moitié éveille, ou bien endormie, et voler de-ci de-là pour chercher à savoir ce qui se passait sur la terre. Elle lui enseigna comment rêver, comment sortir d’un rêve, transformer le rêve, ou demeurer à l’intérieur pour avoir la vie sauve.

 

Je voulais absolument débuter par cet extrait qui à mes yeux recèle toute la profondeur de ce roman : entre tradition et modernité, le poids de l’héritage dans ce monde qui a détruit et malmène, encore, de nos jours la communauté amérindienne. Roman sociétal de toute beauté, LaRose retrace l’histoire d’un peuple, à l’occurrence, ici, le peuple Ojibwé.

 

Je découvre pour la toute première fois la plume talentueuse de Louise Erdrich. Je me dois tout de même de souligner le travail remarquable de la traductrice, Isabelle Reinharez. J’ai entendu dire que découvrir l’univers de Erdrich avec ce roman, n’est pas forcément l’idéal ou judicieux. J’avoue que les premières pages furent très difficiles. Difficulté de m’imprégner de ce monde, de ces personnages, des enjeux et de cette syntaxe si particulière à Erdrich. Je suis du genre obstinée. Et ma patience fut récompensée !

 

LaRose est le cinquième du nom. Attribué aux jeunes filles, ce petit garçon va porter sur ses épaules un lourd fardeau. Prénom portant une certain malédiction, il va réussir malgré lui à concilier l’ancien temps des traditions à celui contemporain. Confié aux Ravich, lorsque le petit Dusty fut tué par son père, Landreaux Iron, il va avoir la lourde tâche de combler cette perte. Ce petit garçon est  juste remarquable. Prenant conscience très vite des enjeux, son courage et sa présence d’esprit vont faire de ce petit indien un grand héros.

 

Erdrich dépeint aux travers de portraits hétérogènes les affres de vies. Naviguant entre présent et passé, le dépaysement est total : traditions et enseignement, déracinement, Fort Totten, perte de l’identité, alcool, drogue, réserve… Tableau percutant, horrible, dérangeant et sinistre. Mais au milieu de cette description atterrante (mais bien réelle), la lumière brille et fait vaciller toute cette noirceur : dans l’unité, le soutien, la transmission orale des légendes et histoires, dans la quête de vérité (je pense aux victimes qui n’ont jamais été remis aux familles), le prolongement des traditions et rites, anecdotes…

 

Ce roman est un véritable coup de cœur, celui qui transperce l’âme. Il m’a emporté sur un terrain que je ne connaissais que trop peu. Gardien de la mémoire d’un peule et annonceur d’un certain renouveau. Le tableau final ne pouvait que refléter à la perfection l’état d’esprit d’Erdrich et de son message : le lien entre la tradition et la modernité, entre les esprits et le vivant. Un monde où les préjugés raciaux n’ont pas leur place. Un monde où la tolérance et le respect peuvent se côtoyer. Un monde où les combats pour l’identité ne devrait pas exister.

 

LaRose est juste sublime, émouvant, envoutant. Un livre qui devrait trôner dans de nombreuses bibliothèques.

 

Connaisseurs et curieux, ce roman est fait pour vous ! Le doute n’est plus permis !

 

 


 

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Aparté sur Louise Erdrich :

 

Considérée comme l’un des grands écrivains américains contemporains, Louise Erdrich est l’auteur d’une œuvre majeure, forte et singulière, avec des romans comme La Chorale des maîtres bouchers, Ce qui a dévoré nos cœurs ou Love Medicine, tous publiés aux Éditions Albin Michel. Récompensée par de nombreux prix littéraires, elle a été distinguée en 2012 par le prestigieux National Book Award et, en 2015 par le Library of Congress Award.

 

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