LA MÈRE LAPIPE DANS SON BISTROT de Pierrick Bourgault.


 
La vie d’un bistrot à l’ancienne, authentique, lieu de rencontre et de mixité sociale, comme en en fait plus beaucoup…
Au Café du coin, Jeannine fume la pipe en discutant avec ses copains du quartier.
Réputée pour son franc-parler, cette arrière-grand-mère de caractère, appelée « la Mère Lapipe’, sait aussi écouter. Les conversations évoquent ce quartier ouvrier qu’elle a vu changer. Les générations s’y retrouvent et on y croise une fabuleuse galerie de personnages.
Sur le formica de son comptoir, on tchine au « petpet’ entre étudiants, retraités, forains, brocanteurs et policiers, avec un fakir, un ministre et même avec le Père Noël !
La vie d’un bistrot, ce lieu rare de parole et d’écoute qui disparaît aujourd’hui. Un bistrot qui ferme, c’est un théâtre qui brûle.

 
Bienvenue dans un monde oublié. Un monde qui perd de sa splendeur qui se meurt de jour en jour. Avez-vous déjà poussé la porte d’un de ces bistrots ?
Pierrick Bourgault nous ouvre les portes de ce petit coin de paradis. Il ne vous sera point demandé de porter le costume. Au contraire vous êtes les bienvenus tel que vous êtes. Mais avant de franchir le seuil, sachez que la Mère Lapipe n’est pas une tendre avec les gens ne respectant pas quelques règles. Ouvrez grand les yeux et lisez : personne ne doit contredire la tenancière, être converti au dialecte du pays, ne pas trop se prendre au sérieux, délier ses pensées, les bonnes comme les mauvaises, faire attention au chien, ne pas être effrayé pas la décoration vintage, aimer rigoler autour d’un verre de vin ou d’un café.

 

Le bistrot de la Mère Lapipe est un sacré phénomène. Un lieu sacré où il fait bon de se retrouver, de se parler et de se confier. Un lieu de mémoire où les temps anciens se rappellent au bon souvenir et où l’avenir se décrit avec un certain mépris et une grande peur. Le bistrot de la Mère Lapipe est un sanctuaire où les rires fusionnent, les pleurs coulent sans malaise et où les confidences s’éternisent. Des rencontres d’un jour, des rencontres de toujours, une communauté porté par le même envol, celui de l’entraide, de l’écoute. Le premier pas est le plus difficile :vous vous croyez tomber chez les fous. Mais à y regarder de plus près, vous y trouverez la jovialité, la bonne humeur. Et puis au second pas vous tomberez amoureux de cet endroit.

 

Pierrick Bourgault de son œil aguerri et de sa plus belle plume dépeint un de ses endroits unique en voie de disparition. Un lieu oublié qui s’étiole dans les ambres de la société qui n’a plus le temps et exige tant. Loin de ces bars impersonnelles, la Mère Lapipe connaît tout le monde, les petits surnoms surgissent ici et là, les petites phrases qui font du bien virevoltent au grès des enflammés gutturaux. Un coin de paradis où les âmes s’apaisent.

 

Pierrick Bourgault délivre ici un magnifique hommage. Un récit émouvant qui vous donne envie de découvrir cet endroit merveilleux et chaleureux. Un témoignage crucial où la nostalgie ne devrait pas y figurer !

 

A notre époque de répression hygiéniste et normative, où l’intelligence est forcément « artificielle » et la communication « numérique » et « interactive », il est bon de témoigner de tout ce qu’un simple café apporte à son quartier, des personnalités attachantes qu’on a la chance d’y croiser, des leçons de vie qu’elles nous transmettent avec générosité. Et du plaisir d’y passer du temps, au beau milieu des éclats de voix et de rire, tandis que pètent les bouteilles de vin mousseux bien frais.
Une chronique de #Esméralda

LULU, FILLE DE MARIN de Alissa Wenz.

[ TÉMOIGNAGE – Nouveauté 2019]
Ateliers HENRY DOUGIER – Collection Une Vie, Une Voix.
107 pages
Ma note : 4/5 mention « à découvrir »
Lien Kindle
 
Le résumé :
La vie d’une Bretonne, à la fois ordinaire et extraordinaire
 » Papa partait à Terre-Neuve au mois de mars. Il revenait vers le mois de septembre, parfois octobre. Quand je voyais son coffre, à l’entrée de ma chambre, ah ça sentait pas bon, ça voulait dire qu’il allait partir. Ma sœur Simone lui avait dit une fois : « J’veux pas que tu partes. » Mais il avait dit : « Ben faut bien que je parte, faut bien que j’aille gagner notre pain. » « Oh mais on mangera des craquelins », qu’elle lui avait dit… « 
Alissa Wenz retrace l’histoire de sa grand-mère Lucienne, fille de marin et femme d’aviateur, née en 1928 à Plouër-sur-Rance, entre Dinan et Saint-Malo. À travers les souvenirs de celle que l’on surnomme  » Lulu « , elle nous plonge dans la vie d’un village de Bretagne au 20e siècle. La trajectoire de Lulu se fait le miroir des préoccupations rurales des années 1930, de la vie des femmes et filles de Terre-Neuvas, des inquiétudes de la Seconde Guerre mondiale en zone occupée, de l’après-guerre et de ses difficultés économiques.
Le récit nous invite à suivre un parcours profondément ancré dans son époque, cette époque qui destinait les jeunes filles à devenir des épouses et des mères. Un parcours modeste, mais emblématique d’une génération de femmes. Un parcours ordinaire et extraordinaire à la fois.
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Lulu est une arrière grand-mère curieuse et heureuse, une grand-mère attentive et douce,  une maman épanouie et consciencieuse et une femme qui à travers son époque a connu l’horreur et les grands changements menant à notre société moderne.

 

Lulu a traversé les âges et elle se souvient de ce temps, de cet autre temps, où les femmes attendaient leurs hommes revenir du bout du monde, où les tempêtes les mettaient à genoux, où les comptines s’écoutaient au son du vent. Lulu est née dans une famille de pêcheur. Son papa est un capitaine respecté qui part plus de six mois à Terre-Neuve et revient les cales pleines et avec de quoi nourrir sa famille. A terre, les femmes élèvent seules leurs enfants et dirigent de main de maître leurs bambins et leurs foyers. Les jours et les nuits s’écoulent lentement parmi lesquels la peur de ne jamais revoir leurs hommes les hantent. Lulu grandit. Cette jeune fille malicieuse et curieuse est un condensé de jovialité. Elle a connu la mort de sa grande sœur et les non dits qui s’ensuivent. Sur son vélo, elle pédale, vit et découvre. Elle devient une femme qui aime vivre, qui aime aller aux bals, qui va travailler et qui va aimer. Elle va épouser un aviateur, un homme qu’elle ne connaît pas tant que ça, mais tant pis. Elle devient à son tour mère et épouse qui attend son mari.

 

Lulu est cette femme extraordinaire qui traverse le temps avec conviction, passion et envie. Mère au foyer est une condition qu’elle va apprivoiser mais cela ne l’empêche pas de rêver. De rêver à des paysages exotiques et de voyages. Rêver à autre chose.

 

Alissa Wenz recueille avec tendresse le témoignage de sa grand-mère. Avec douceur et parfois espièglerie, Alissa Wenz nous transmet l’histoire de celles et ceux qui ont façonné le paysage culturel et sociétal d’une France rurale qui s’oublie. Non sans pudeur, Lulu ouvre les vannes de ses souvenirs et de son histoire familiale. Un récit bouleversant et émouvant.

 

Ce témoignage a su profondément me toucher. Un jour où l’autre on a tous eu cette envie de connaître la vie de nos grands-parents. Certains racontent et beaucoup taisent, comme si c’était des histoires inavouables et que les taire empêchent les démons de sortir. Rencontrer Lulu a été comme parler avec mes grand-mères. Il y a ce côté affectif et apaisant et celui ébahi face à ce flots de mots que l’on ingurgite et que l’on savoure.

 

Merci Lulu !

 

1932. La tempête. La nuit. Un village en Bretagne, Plouër-sur-Rance, entre Dinan et Saint-Malo. Une petite maison, au port. Une chambre. Une femme et sa fille pleurent, serrées l’une contre l’autre. La pluie tambourine aux fenêtres, le vent s’époumone, les bourrasques sont terribles. La femme à vingt-neuf ans, sa filles six ans et demi. Elle pleurent , encore et encore, les larmes ne s’arrêtent pas plus que l’eau du ciel. C’est qu’elles pensent à l’absent, le père, le marin, le capitaine, qui part pêcher la morue à Terre-Neuve et s’éloigne six ou sept mois par an. Ce soir, il est en mer, il revient de Bordeaux à Saint-Malo. Par un temps pareil, on sait qu’il risque le pire. La tempête est affolante, un bateau n’y résisterait pas.
 
Une chronique de #Esméralda.

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… le site des Ateliers Henry Dougier.

MIREILLE OUVRIÈRE DE LA CHAUSSURE de Philippe Gaboriau.

 
[ RÉCIT – TÉMOIGNAGE – Nouveauté 2019]
Ateliers HENRY DOUGIER – Collection Une Vie, Une Voix
106 pages
Ma note : 4/5 mention « à découvrir »
Lien Kindle
 
 
Le résumé :

 

La vie simple d’une ouvrière à la campagne, une tranche de vie qui fait écho à notre mémoire
 » Elle disait : on est des ouvriers consciencieux… Il faut faire avec ce qu’on a… C’est déjà pas si mal par rapport à ce que c’était… On a eu une petite vie tranquille… On a gagné notre pain honnêtement… « 
Comme une sorte de retour aux sources, Philippe Gaboriau retrace la vie de sa tante, ouvrière de la chaussure dans le Choletais entre les années 1960 et 2000. Il nous invite à entendre la parole authentique de Mireille, avec ses particularismes régionaux et générationnels. À travers les souvenirs de cette femme et les commentaires du narrateur, on voit se dessiner un destin avec ses joies et ses tragédies. Ce récit nous plonge dans les petits gestes du quotidien, les valeurs et les références culturelles d’une génération d’ouvriers nés dans les années 1920-1930.

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MIREILLE, OUVRIERE DE LA CHAUSSURE est un des trois ouvrages paru dans la toute nouvelle collection Une Vie, Une Voix, des Ateliers Henry Dougier. J’affectionne particulièrement leurs parutions qu’elles soient littéraires ou témoignages. Leurs romans et leurs récits, aussi courts soient-ils, sont percutants et enrichissants.

 

Après ce petit aparté de présentation, je reviens donc à ce récit merveilleux. Philippe Gaboriau, neveu de Mireille, retrace la vie de cette femme courage d’un autre temps où d’autres mœurs, d’autres espoirs régnaient dans un quotidien que personne à l’heure d’aujourd’hui ne voudrait vivre. Mireille est née entre deux-guerres dans un petit coin de campagne non loin de Cholet, Sainte-Aubignée. Coin rural de l’Ouest où la main- d’oeuvre campagnarde de qualité alimentait les usines. Très jeune Mireille fut placée dans une famille plutôt riche pour s’occuper des enfants et autres corvées. Quelques années plus tard le mariage et l’usine font devenir sont quotidien. L’usine est alors un endroit assez convivial où femmes, essentiellement, et hommes travaillent au rythme des chants, des commérages. L’usine est sa deuxième maison, et il est important de s’y sentir à l’aise et par la même occasion de fournir de l’excellent travail. Je te rappelle que le droit du travail à l’époque était loin de ce qu’il est à l’heure actuel. Les enfants naissent mais le travail doit continuer, mais cette fois-ci à la maison. La machine à coudre tourne à plein régime, les chaussures s’entassent et les finitions n’en finissent plus. Sa vie d’ouvrière est belle malgré tout. Il manque rarement à manger même si la comptabilité de la famille est réglée aux centimes prêts. Leur vie est belle, joyeuse, faite de choses simples. Elle coule lentement tel un long fleuve tranquille. Mireille voit alors la société changée, évoluée, vers le bon, peut-être pas. Son monde, son usine se transforment peu à peu, détruisant une certaine plénitude. Mireille n’a jamais souffert psychologiquement de son travail. C’est une brave femme qui menait à bien ses obligations sur tous les fronts. Retournée les manches et mettre de l’huile de coude dans ses travaux ne lui ont jamais fait peur. Le corps finit tout de même par lâcher et sonne le glas d’un monde actif.

 

Philippe Gaboriau tire le portrait authentique d’une femme téméraire, courageuse et méritante. Une femme aimante qui porte à bout de bras une famille unie. Philippe Gaboriau met en avant ses petits détails qui m’ont fait sourire tels que les émissions préférées, les musiques préférées, les faits et gestes d’un quotidien simple et tranquille alternant entre le passé et le futur.

 

Elle aimait les auteurs-compositeurs qui écrivaient les textes et les interprètes qui étaient capables de vivre « avec leurs tripes » leurs rengaines. Les Edith Piaf, les Jacques Brel, les Charles Aznavour. Les chanteurs qui s’exprimaient. ceux et celles qui bouleversaient et déchiraient le cœur. Ceux et celles qui, généreux, donnaient tout, sans réserve.
 
Une femme qui a donné tout sans rien attendre en retour, si ce n’est cette retraite tant méritée où elle a pu, enfin, découvrir le monde.

 

Philippe Gaboriau, garant, récepteur et transmetteur de souvenirs, peint un tableau d’un autre monde perdu.

 

Je n’ai pu que transposé ce récit à ma propre expérience et relations avec mes grands-mères. D’ailleurs il est très difficile de leur faire parler de leur passé, peut-être par pudeur, je ne sais pas. Mais j’ai retrouvé un peu de Mireille en elles : il était une époque où une de mes grands-mères rapportait des sacs-à-main chez elle pour finir les assemblages des pièces, ou l’autre qui sur sa mobylette partait au village voisin pour prendre le bus afin de rejoindre la grande ville à environ une heure de trajet, et cela matin et soir, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, qu’elle soit malade.

 

Ces souvenirs s’éteignent peu à peu, de mères en filles et/ou de mères en fils. Ces souvenirs, ces histoires ne sont plus contés aux oreilles des enfants, rendant leur chance d’exister quasi nulle. Ce monde disparaît au détriment du présent et du futur, mais à quel prix ?

 

#Esméralda

 
Je remercie les Ateliers Henry Dougier pour leur confiance.

 

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… sur le site des Ateliers Henry Dougier.