LA PLACE DU MORT de Jordan Harper.

 

[ ROMAN NOIR – Nouveauté 2019]
Éditions ACTES SUD – Collection Actes Noires
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude
Titre original : She Rides Shotgun
272 pages
Ma note : 5/5 mention « incontournable 2019 »
Lien Kindle

 

Le résumé :
Polly McClusky a onze ans le jour où son père Nate, fraîchement sorti de prison, vient la récupérer à la sortie du collège. Elle ne sait pas encore que sa mère a été assassinée, ni que sa tête et celle de son paternel ont été mises à prix. C’est le début d’une cavale violente et sanglante à travers la Californie. Et la naissance d’une complicité, affective et criminelle. Un premier roman sombre, nerveux et plein d’humanité sur la famille, le sacrifice et la rédemption.
 

 

Résultat de recherche d'images pour "mon avis image"

 

Lorsque Polly revint du magasin d’un pas calme et lent, comme la conduite de son père, les sacs en plastique rebondissaient sur ses jambes. Elle leva les yeux vers la nuit pleine d’étoiles. La plupart du temps, dans l’Inland Empire, les étoiles étaient cachées. Ils étaient suffisamment loin de tout pour en voir des centaines. Polly savait qu’elles se trouvaient à des millions de kilomètres, si lointaines, qu’elles étaient peut-être déjà mortes et que la lumière n’étaient sue le passé rattrapant la Terre. Elle se demanda s’il y avait vraiment d’autres planètes là-haut, des planètes où tout était pareil qu’ici, mais un peu différent. Elle se demanda s’il existait un monde, un seul, où elle aurait l’air normale.

 

Polly, qui vient de Vénus (elle en est sûre), voit sa vie basculer, lorsque son père, cet homme racé, tatoué aux yeux d’un bleu indescriptible, l’attend nonchalamment à la sortie de l’école. Polly ne l’a plus vu depuis de nombreuses années. La prison les a séparés et puis il faut dire qu’il n’a jamais été un père attentif, protecteur et attentionné. Malgré tout c’est son père qu’elle a devant elle. Ses yeux croient à un mirage. Doit-elle le suivre ? Doit-elle s’enfuir en courant ?

 

Polly est une jeune fille de 11 ans. Entre deux âges ; c’est une grande et encore une petite fille innocente. Polly est très intelligente et elle a une façon d’appréhender le monde unique aussi pure que candide tout en percevant cette réalité dure et impitoyable des adultes. Polly a « des yeux de tueuses, comme son père ». Tel un funeste présage, la vie qui se profile à l’horizon va lui donner raison.

 

Polly petite fille dans le corps d’une grande fille. Accompagnée de son fidèle compagnon, nounours, elle part main dans la main avec un père qui sera prêt à tout pour déjouer la mort. Cette mort qui ne le lâche pas d’une semelle, ancrée dans la peau comme sur ce fichu papier signant l’arrêt de mort. La Force aryenne a les crocs et seul le sang peut soulager cette douleur tenace. Les chiens sont lâchés. La course peut commencer !

 

Polly et Nate duo incroyable et improbable, un Bonnie et Clyde, sans foi ni loi. Polly n’a plus le choix, elle doit apprendre à survivre. Nounours devient spectateur d’une métamorphose qui se fait dans la douleur, les cris et les coups. Mais Polly a des yeux d’une tueuse comme son père, et pour lui, pour elle, elle est prête à tout endurer. Elle devient une petite pro, écoute, apprend, anticipe, prévoit comme les grands. Alors Nate découvre au travers sa fille un aspect qu’il ne pensait jamais pouvoir effleurer du doigt : l’amour. L’amour qui porte se couple atypique, l’amour qui les lie aux plus forts des situations périlleuses. L’amour qui les transporte au delà de la mort. L’amour a transformé Nate. La mort transforme Polly.

 

Jordan Harper signe un premier roman d’une rare et puissante beauté. Immersif, percutant, poignant, destructeur et douloureux sont les termes que j’emploie pour décrire ce roman. La violence est omniprésente. Elle est là tapie dans l’ombre, prête à mordre au moindre faux pas. Elle respire, dirige, meurtrit ceux qui s’y frottent de trop près. Serpent mortel qui attend juste son heure. Si Nate est à la place du mort, cela n’induit pas qu’il se laissera faire.

 

Jordan Harper m’a littéralement scotchée. J’ai dévoré ce roman noir inouï. Une plume nerveuse qui sait parfaitement mettre en valeur les sentiments de ses protagonistes, les émotions ambivalentes qui se dégagent des différentes situations. Il dépeint avec hargne un univers violent et intransigeant aux codes intraitables. En contre partie, il y a cet amour aussi violent que tendre qui explose tout.

 

LA PLACE DU MORT est un roman noir nerveux, ambivalent, tendre, violent. Un meltingpot de sensations et d’émotions qui m’ont assaillie et bouleversée.

 

Un incontournable 2019 ! A découvrir sans hésitation !

 

Quand vous entrez dans un débit de boissons, un pistolet à la main et le visage masqué, vous arrachez le couvercle du monde. Le temps fait vraiment des trucs à la Einstein. Il s’étire ; il se rétracte.
Une seconde après avoir franchi le seuil, et avant même que les premiers oh merde oh merde oh merde aient effleuré l’esprit du vendeur, Nate eut le temps de se rappeler le soir où Polly était née. Il avait reçu un coup de fil d’Avis, la voix apeurée. Elle lui avait dit qu’elle était en travail. Le bébé allait sortir. Est-ce que Nate serait là ? Est-ce qu’il allait la retrouver à l’hôpital ?
Nate avait dit qu’il serait là. Il avait raccroché. Regardé Nick, sur le siège conducteur. Nick tenait le pistolet dans sa main, son masque de ski sur les cuisses. Il avait son sourire diabolique.
« Tout va bien ? » avait demandé Nick. Nate avait simplement hoché la tête et enfilé son propre masque.

 

#Esméralda

 


 

Une lecture en partenariat avec le PICABO RIVER BOOK CLUB et les éditions Actes Sud. Je vous en remercie infiniment.

 

Résultat de recherche d'images pour "à découvrir"

 

… le site des éditions Actes Sud.

… l’avis Les Jolis Moustachus

 

received_257092058249322

Publicités

BULL MOUNTAIN de Brian Panowich

 
[ ROMAN NOIR – réédition poche 2019]
ACTES SUD – Collection Actes Noirs
Traduit par Laure Manceau
336 pages
Ma note : 5/5 mention « à dévorer »
Lien Kindle
Lecture commune de janvier avec le PICABO RIVER BOOK CLUB

 
Le résumé :
Chez les Burroughs, on est hors-la-loi de père en fils. Depuis des générations, le clan est perché sur les hauteurs de Bull Mountain, en Géorgie du Nord, d’où il écoule alcool de contrebande, cannabis et méthamphétamine jusque dans six Etats, sans jamais avoir été inquiété par les autorités. Clayton, le dernier de la lignée, a tourné le dos à sa fratrie en devenant shérif du comté. A défaut de faire régner la loi, il maintient un semblant de paix. Jusqu’au jour où débarque Holly, un agent fédéral décidé à démanteler le trafic des montagnards. Clayton se résout alors à remonter là-haut pour proposer un marché à son frère. Il sait qu’il a une chance sur deux de ne pas en redescendre. Ce qu’il ignore, c’est que Holly en a fait une affaire personnelle, et que l’heure des pourparlers est déjà passée. Roman noir rural et déchirant salué par bon nombre d’auteurs fameux, à commencer par James Ellroy, Bull Mountain se lit comme l’histoire de Cain et Abel dans un Sud plus poisseux que jamais.

 
L’avis d’#Esméralda :
L’histoire aurait pu commencer par « il était une fois, une jolie montagne où vivait une gentille famille » et se terminer par « ils eurent beaucoup d’enfant ». Cela aurait pu se passer de cette manière, si la montagne n’était pas Bull mountain et si la gentille famille n’était pas celle des Burroughs. En ce qui concerne les enfants, et bien ma foi, c’est la stricte vérité.
Bull Mountain, no man’s land, de l’état de l’Oregon a vu grandir des générations de Burroughs. Famille patriarcale, pure et dure, les fils sont élevés aux coups de feu et au sang qui coule. Pas de pitié et pas de manière, la famille Burroughs sont des durs à cuire aux quels il vaut mieux ne pas se frotter. Famille paria et crainte, elle règne sans concession sur sa montagne. Si tu arrives à avoir un pass-droit, tu verras que cette montagne ne cache pas le paradis mais l’enfer. Elle devient le terrain de jeux favoris pour l’alcool de contrebande, la culture du cannabis et laboratoire de méthamphétamine. L’honneur et le respect prévalent sur toutes formes d’amitiés, si tu prêtes allégeance à la famille Burroughs c’est pour des générations.
Sacrée famille Burroughs ! Personnages aussi effroyables qu’extravagants liés par les liens du sang et un honneur à toute épreuve. Perpétuer la « tradition » et le business est l’unique but des hommes Burroughs. Pas de quartier et pas de sommation, le moindre écart et la gâchette déraille accidentellement.  
La dernière génération des Burroughs ne fait pas dans la dentelle. Alors que le frère cadet, Clayton, décide pour les beaux yeux de sa femme, Kate, de se présenter au poste du shérif du comté qui réussit à obtenir haut la main et par un heureux hasard, les deux grands frères, Halford et Buckley, font prospérés l’affaire familiale. Mais ce qui devait arriver, arriva :
Si Clayton était le bon, et Halford la brute, alors Buckley était le truand. Ca ne l’avait pas surprise – ça n’avait surpris personne – d’apprendre qu’il avait été tué par balles au cours d’échanges de coups de feu avec la police. Il était du genre à tirer sans réfléchir, et probablement qu’il méritait tout ce qui lui était arrivé, mais il n’en demeurait pas moins le frère de Clayton. Il faisait partie de la famille, et Clayton avait le droit de lui rendre hommage, malgré ce que Halford et sa clique en pensaient.
 
Les années s’écoulent patiemment sans heurts insurmontables. La vie suis son court sur la montagne et dans la vallée. Tranquillement et sans précipitations. Jusqu’au moment où un hurluberlu attifé d’un costard nickel vient jouer les cadors avec sa proposition aussi alléchante qu’inquiétante.
Les choses sérieuses débutent maintenant ! Qui y laissera des plumes ?
Voilà un roman noir efficace à 200% ! Pas de quartier et pas de sentiments, Brian Panowich décrit à merveille ce que la famille a de plus sombre à exiger. Ces liens intrinsèques et puissants qui condamnent ces hommes à une prédestinée malsaine et sans concession et contestation. Une famille qui se détruit peu à peu, s’étiole et se braque. Une famille qui s’embourbe mais qui tend à survivre dans un dernier souffle. Brian Panowich ne laisse aucun répit à son lecteur et l’immerge immédiatement dans une spirale infernale où les éléments se déchainent. Le passé se confronte au présent pour un futur des plus sombres. Les points de vue et les narrateurs s’enchainent pour une histoire qui sans relâche ne présage rien de bon. La tension monte crescendo pour un final à couper le souffle. Un final où l’enfer se défoule dans un ballet chaotique. Ce roman noir rural est hypnotique et addictif. Les chapitres défilent au point crucial où je me suis exclamée : »oh bordel! ».
Ce roman est à dévorer littéralement ! La suite paraitra dans quelques semaines.
 
 
L’avis de #Lilie :
Ce livre est très loin de ma zone de confort de lecture. Désigné comme « lecture commune » du Picabo River Book Club ce mois-ci, j’ai longuement hésité…… avant de me lancer. Laissez-moi vous dire que ce roman m’a mis une claque monumentale et m’a procuré un plaisir à lire incroyable !
Dans ce roman, nous faisons connaissance avec une partie de la famille Burroughs : Clayton, le shérif, et ses frères Halford et Buckley, leur père Gareth, leur grand-père Cooper et leur grand-oncle Riley. Chez les Burroughs, la Montagne est leur domaine et personne n’ose venir mettre son nez dans leurs affaires. Clayton, qui a choisi de devenir shérif, laisse ses frères vivre de leur trafic mais il ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour eux. Lorsque Holly, un agent fédéral, débarque dans son commissariat pour tenter de mettre fin à ces pratiques, le shérif sera pris en tenaille entre esprit de famille et l’accomplissement de son devoir. De nombreux personnages sont présentés au fil des chapitres et permettent d’en apprendre davantage sur la lignée des hommes de Bull Mountain. Par ailleurs, l’auteur a fait le choix de mettre en lumière à chaque chapitre un protagoniste différent, ne vivant pas forcément à la même époque. Au départ, j’ai été déstabilisée de changer de période et de personnage aussi souvent. Pourtant, au fil des pages, cette gymnastique devient addictive et très enrichissante dans la mesure où cela nous permet de suivre l’évolution de la famille Burroughs, de leurs affaires et aussi de mettre en lumière des choix qu’ils ont pu faire au cours de leur vie.
Brian Panowich livre ici un roman noir, plein de rebondissements et qui ne laisse aucun répit au lecteur. En effet, son écriture est addictive et l’intrigue tellement bien ficelée qu’on ne peut s’empêcher de vouloir en apprendre davantage. On se demande surtout jusqu’où il va nous amener et je dois avouer que j’ai, à de nombreuses reprises, hurler de stupeur et été prise à contrepied car je ne m’attendais pas à de tels rebondissements. Sous couvert d’une histoire de famille, l’auteur met également en lumière les trafics qui peuvent exister dans les contrées reculées  des Etats-Unis et l’impact du poids de l’histoire familiale dans ces régions. 
Pour conclure, ce roman est une très belle découverte. Roman noir, roman familial, « Bull Mountain » est un livre addictif, surprenant qui ne vous laissera ni répit ni indemne en arrivant à la fin. Je viens d’apprendre que la suite devait paraître sous peu, j’ai hâte de m’y plonger !

 

 


image-principale-page-liens-utiles

 

 

Vers le site des éditions ACTES SUD pour tout savoir.

received_257092058249322