TEXTO de Dmitry Glukhovsky

 
[ ROMAN NOIR – Nouveauté 2019]
Traduit du russe par Denis E. Savine
Titre original : Tekcm, 2017
Éditions L’ATALANTE – Collections NOIR ET POLICIER
395 pages
Ma note : 4/5 mention « à découvrir »
Lien Kindle
 
Le résumé :
Il est des gens qui laissent une trace derrière eux, et il y a ceux dont il ne reste rien. Le smartphone sait tout de nous : notre quotidien, nos vices, nos amours, nos espoirs, nos secrets inavouables. Mon smartphone est moi. Si quelqu’un s’en empare, il devient moi aux yeux de tous. Le temps que l’imposture soit découverte, il est trop tard. Pour tout le monde. Haletant, sombre, émouvant et engagé, le nouveau roman d’un des prodiges de la nouvelle génération d’écrivains russes.
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Direction Moscou le clinquant et sa banlieue des oubliés. Corruption, manipulation, complot, sexe, drogue, argent, un monde où les non initiés ne peuvent guère survivre, un monde où la tolérance 0 n’existe pas, un monde impitoyable, cruel où l’être humain semble s’y être perdu. Le grand méchant loup est prêt à dévorer et à faire un sacré carnage.

Ilya avait la jeunesse, la vie devant lui. Ilya rêvait des filles, de son avenir, de l’argent et des soirées trop arrosées. Ilya n’avait que vingt ans quand sa vie a basculé. Sa liberté lui a été retirée alors qu’il a été piégé par un flic véreux en quête de sensation, de pouvoir et de promotion. Ilya a du partir, embarqué de force dans ce train qui le mène à des milliers de kilomètres de sa mère. Ilya ne peut rien faire contre le système alors il va devoir s’adapter. Il apprend à survivre en prison au milieu de types hyper dangereux. La discipline, le respect, le contrôle de soi, la prison fait de lui un autre homme mais il n’a pas oublié celui qui l’a envoyé ici et la rancœur s’épanouit librement pendant sept longues années.

Le retour aurait du être un moment joyeux. Il attendait avec impatience les retrouvailles avec sa mère dont il imaginait dans sa cuisine, cœur vaillant à l’ouvrage, lui préparant des petits plats. La dure réalité le rattrape bien trop vite. Un pied de nez sadique qui lui ouvre les portes de l’enfer. Tristesse, mélancolie, colère, haine, un ultime shoot qui lui fait perdre pied et le pousse à perpétrer un geste désespéré. Son ultime échappatoire, le temps de prévoir une issue de secours, faire croire que le propriétaire de ce téléphone maudit est toujours vivant. Ilya s’accapare une vie, la décortique à tout va, via ce smartphone, une ouverture propice, un prolongement d’un homme qui gît six pied sous terre. Ilya est pris dans une frénésie utopique où la rédemption est salutaire. La réalité n’hésite pas à toquer à sa porte : sa mère et son avenir l’attendent patiemment. Seulement entre l’immoralité et le respect, le choix n’a rien d’une sinécure.

TEXTO est le genre de roman que j’adore découvrir. Un monde à deux vitesses où le riche complote tandis que le pauvre essaye tant bien que mal de survivre. D.G. a cette plume subversive qui ne fait pas cas de la brutalité des situations, des contextes et des personnages. D.G. adore interpeller, choquer et remuer les tripes. Car oui TEXTO est un de ces romans qui vous accapare dès le départ pour ne plus vous lâcher jusqu’au point final. Il dépeint sans contexte un monde « brouillon » où l’égocentrisme et le profit ont pris le pouvoir sur les valeurs moraux. L’objet que détient Ilya est le témoin de tous ces déboires. La vie d’un homme dans une machine, un instrument puissant qui détient touts ses secrets. Quelle ironie ! Une superbe découverte que j’ai pris le temps de savourer. Entre actions et réflexions plus longues, cette  aventure a une saveur amère et acide qui parfois s’adoucit. C’est un voyage effroyable et éreintant au son des bips des notifications qu’ils décomptent jusqu’à l’heure fatidique. Je ne m’étais jamais intéressée à la littérature russe par peur d’une certaine rudesse qui aurait pu m’effrayer. Voilà que j’ai révisé mon point de vue, ma pile à lire va être contente.

TEXTO est brutal et sanglant mais qui dépeint avec une réalité surprenante un monde en noir et blanc.

#Esméralda

 
Je remercie les éditions L’Atalante pour leur confiance et patience.

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… le site des éditions L’Atalante

… la biographie de Dimitry Glukhovsky.

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FRANKENSTEIN 1918 de Johan Heliot.

Frankenstein1918

 

[ UCHRONIE / FANTASTIQUE – Nouveauté 2018]
Éditions L’Atalante – Collection La Dentelle du Cygne
256 pages

 

Ma note : 5/5 mention « à découvrir » et « pépite »
Lien : Kindle

 


 

Le résumé :

 

Grande Guerre, 1914. Après un premier engagement désastreux, les Anglais décident l’opération Frankenstein : plutôt que de construire des chars, on créera de la chair à canon. A partir des archives du fameux docteur et grâce à la production d’électricité à présent industrialisée, des unités de soldats pouvant être sacrifiés sans remords seront fabriquées les champs de bataille du nord de la France fourniront la « matière première ». Winston Churchill est nommé responsable de l’unité de recherche sur la régénération. Les « frankies » vont faire leurs preuves sur le terrain, mais la société se partage entre pro et anti. L’opération finalement interrompue, l’un d’eux, Victor, échappe au massacre puis est secouru par Marie Curie qui le rend à la vie consciente grâce aux radiations. Réfugié dans les décombres de Londres, qui a été détruite et rendue inhabitable par un bombardement à l’arme chimique, Victor retrouve le laboratoire où il est né, y recueille Churchill et engage un combat pour l’émancipation des siens. C’est là qu’un jeune couple, elle, résistante à l’occupation, lui, historien, finit par le retrouver en 1958, dans l’espoir de lever le voile sur ce versant secret de l’Histoire que la censure en vigueur ne suffit pas à expliquer.

 


Mon avis :

 

 

Après ces jours de commémoration du centenaire de l’armistice de 1918, je ne pouvais que te parler de ce roman.

 

Un roman épatant ! Un roman singulier !

 

Quand l’Histoire rencontre l’imagination sans limite, je ne peux qu’alors être subjuguée.

 

Je ne sais pas par quel bout commencer. Ce roman est présenté sous la forme d’un journal posthume. Le narrateur, Edmond Laroche-Voisin, relate l’histoire de Victor, premier des non-nés, les mémoires secrets de Winston Leonard Spencer-Churchill et sa propre expérience. Si la période de référence du roman est la période de la Première Guerre Mondiale, cette dernière n’est véritablement pas celle connue, ni celle racontée dans las manuels scolaires. L’auteur a su créer avec magnificence une autre histoire. Bien évidemment tout le principe d’une uchronie.

 

Avec des si, on peut refaire le monde, c’est bien connu. Et si, avec des si, on décrivait la pire part de l’humanité. Si, avec des si, l’improbable surgissait des limbes. Si, avec des si, la mort n’avait plus le même visage.

 

Touts autant de points cruciaux développés au travers d’une trame qui invite le lecteur dans une espèce de brouillard d’illusion machiavélique. Un brouillard glacial où les secrets tentent de se faire oublier. Un brouillard où la vie n’a plus de prix. Victor a été arraché à ce brouillard, ni homme, ni dieu, homme simplement immortel issu de la folie d’un homme. Procédé inhumain approvisionné par les charniers de la guerre. Victor, non-né, assemblé de membres, d’os, de chairs, de muscles, de nerfs d’autres. Seule son ancienne conscience fragilisée, son « moi », lui permet d’intercepter les prémices d’une nouvelle guerre.

 

 

 

J’ai eu le privilège et le malheur de vivre, mourir et puis renaître dans les premières décennies d’un siècle fou, autant créateur que dévastateur. Longtemps, j’ai hésité à témoigner. Ajouter ma voix à la cacophonie du monde me semblait vain. Mais je nourris aujourd’hui l’espoir de donner aux hommes d’après-demain une leçon profitable, si toutefois il advient suffisamment de nouvelles générations pour habiter l’avenir.

 

Manuscrit de Victor, premier des non-nés.

 

 

Ce roman est poignant par la force qu’il dégage. Renversant par ces péripéties qui conditionnent la vie des personnages. Cruel de par la folie des Hommes, par le pouvoir vénéneux d’être le détenteur d’un contrôle absolu sur ces terres vaincues et également sur le contrôle de la vie. Ce mythe vieux comme le Temps, de devenir immortel et invincible plane sur le récit. Sur ce dernier point, l’auteur à une audace sans nom d’emprunter et de magnifier selon son envie, un personnage que vous connaissez tous : Frankenstein. Personnage incontournable de l’auteur Mary Shelley. Un hommage percutant qui donne à son roman une dimension grandiose.

 

Johan Heliot inclut dans son ouvrage des personnages de la Grande Histoire : Churchill, Marie Curie, Hemingway, Göring et bien d’autres… Une fois de plus cette donne dénote avec l’influence de l’imagination de l’auteur.

 

FRANKENSTEIN 1918 a tout du grand roman. Outre le partage du souvenir, les mises en garde contre la folie humaine, ses croyances, la cruauté sont de rigueur. Tout n’est pas sombre, Heliot insuffle une dose d’optimisme et de bienveillance. L’amour est là tapi dans l’ombre prêt à reprendre ses droits et le final en est le parfait exemple.

 

Je te recommande vivement cette lecture. Pas besoin d’être adepte de l’uchronie pour savourer chaque page.

 

 


 

 

Je remercie les éditions L’Atalante et Nadia pour leur confiance.

 

 

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Vers le site des éditions L’Atalante, pour tout savoir.

Bibliographie de Johan Heliot.