TED de Yves Terrancle.


Ohio, 1905. Ce bougre de journaliste était venu voir le plus ancien détenu des États-Unis pour relater sa vie. Il aura finalement écrit celle de William, Humana… et obtenu ma libération. La liberté, si chère à mon regretté William… Aujourd’hui, après une vie entière à attendre que l’administration pénitentiaire se décide à m’exécuter, il ne me reste de cette chimère que l’indicible peur de l’affronter.

« Je m’appelle Ted Forman, j’étais un citoyen des Etats-Unis d’Amérique, et je mourrai libre de vous avoir trouvé … »
Yves Terrancle frappe à nouveau fort et bien. Un récit prenant et incontestablement bouleversant qui ne peut laisser indifférent.

 

TED est l’histoire d’une quête, d’hommes et de combats.
Ted a passé une grande partie de sa vie en prison pour un crime dont sa seule valeur a été de défendre l’honneur d’un homme. Ted a grandi loin de sa terre natale, le Cameroun. Il a connu ce temps qu’il est préférable de taire enfin d’éviter le démon de sortir de sa boîte. Son chemin est parsemé de nombreus croisements qu’il le porteront tour à tour vers de nouveaux horizons sombres ou bienveillants. William (voir Humana), Monsieur de Rochefort, la bonté incarnée, Louis qui a connu le pire de ce l’homme peut faire endurer, Elsa, l’incarnation de l’innocence et de la pureté bafouée. Sans oublier Harold Burton, journaliste, qui incarne l’esprit de la justice. Ted n’a jamais été un héros. Seules ses propres motivations le font avancer. Un homme humble et juste avec un regard tantôt acéré tantôt naïf sur cette société où la bienveillance est chère.

 

Si la vie lui a offert une chance inestimable à la veille d’une mort certaine, il mettra à profit son temps pour une quête honorable. Ceci sans penser que la cruauté se rappellerait à son bon souvenir.

 

Yves Terrancle nous offre un roman d’une beauté sans égale. 40 ans après l’abolition de l’esclavage, les Etats-Unis restent le terrain favorable à tout débordement racial. L’histoire évolue au cœur d’une atmosphère tendue qui s’intensifie au fil des pages. Le côté historique est peu exploité (en comparaison avec Humana). L’auteur a pris le parti d’un récit rythmé par de nombreux rebondissements lui conférant ainsi des allures de western. D’un côté le groupe des gentils, de l’autre celui des méchants et au milieu l’argent. Une très belle surprise pour ma part car cet aspect inattendu confère au roman un certain grain de folie l’ancrant davantage dans une réalité palpable. Au delà de cette frénésie de tirs croisés, de sangs et de cris, Yves Terrancle apporte à ses personnages une aura immuable, un charisme lumineux où les valeurs essentielles et primordiales rayonnent au creux des ténèbres. La liberté est ainsi magnifiée par la plume sensible d’un auteur que je vous invite à découvrir vivement !

 

William m’a dit un jour que la liberté est de se trouver là où l’on souhaite. Il avait raison.
J’ajouterai qu’elle est aussi celle de transmettre sans voile, sans ménagement ni retenue, afin que chacun se serve des horreurs du passé pour forger un avenir meilleur.
 
Une chronique de #Esméralda

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… Mon avis sur HUMANA (clique sur l’image pour le lire).

SOIE ET MÉTAL de Tuyêt-Nga Nguyên.


Sur un apparent coup de tête, une femme quitte sa famille. Clara, sa fille de seize ans ne l’accepte pas et la renie : quand on aime, on ne quitte pas! Huit ans plus tard, un inconnu lui envoie un carnet portant le nom de sa mère et l’exhorte à le lire. Le passé justifie-t-il toujours tout?

 
Huit années se sont écoulées et Clara n’a toujours pas fait le deuil de cette famille qui s’est délitée brusquement, dans la douleur, l’incompréhension et au final dans la haine. A-t-elle seulement écouter les explications ?
Clara a souffert, a touché le fond et avec force et courage et pour son père, elle a repris sa vie en main. Aujourd’hui, étudiante en médecine, elle se consacre à ses études et son amoureux. Mais son cœur a ses blessures qui n’ont jamais cicatrisé. Dans l’euphorie du retour de ses vacances, elle ne prête pas gare à l’enveloppe qu’elle ouvre. Alors que son contenu s’étale sur sa table, le passé surgit comme un vilain clown dans sa boîte. Sentiments ambigus, elle prend part de la lettre. Intrigante mais trop blessante pour qu’elle y accorde toute son attention. Poussée par la rage, elle veut juste renvoyer le colis à son destinataire. Mais le destin s’en mêle, les déconvenues et une petite part de curiosité la poussent dans des souvenirs douloureux.

 

Journal intime, récit romanesque, l’histoire de sa mère se tient dans ce carnet. Son auteur, inconnu, relate la vie de deux hommes et d’une femme et d’un pays en guerre. T-N.N invite son lecteur dans une aventure tortueuse et dangereuse au cœur d’un pays divisé et détruit par la folie humaine et préservé, tant soit peu, par des hommes et des femmes d’honneur. T-N.N explore avec magnanimité l’Histoire du Vietnam. Une immersion dans le passé douloureux où héritage, désespoir, espérance, fuite, abandon, destruction sont détenus dans une boîte de pandore. Un fois ouverte, les émotions et les sentiments contradictoire déferlent tel un tsunami. Une destinée houleuse mais merveilleuse. Une histoire touchante. Un voyage menant à l’amour.

 

Une nouvelle la collection Evasion nous fait découvrir une incroyable histoire. Le mot exotique ne me convient pas pour décrire ce roman. Existe t-il un mot pour décrire l’immensité qui se trouve au sein de ces pages ? SOIE ET MÉTAL, porté par la très belle plume de T-N.N, est sans contexte une très belle découverte alliant avec sensibilité des histoires d’hommes et de femmes portés par l’amour dans toute ses déclinaisons.

 

Une chronique de #Esméralda

ET LA VIE REPRIT SON COURS de Catherine Bardon.


LA SAGA LES DERACINES
Après Les Déracinés et L’Américaine, découvrez le troisième tome de la superbe fresque historique imaginée par Catherine Bardon. Au cœur des Caraïbes, en République dominicaine, la famille Rosenheck ouvre un nouveau chapitre de son histoire.
Jour après jour, Ruth se félicite d’avoir écouté sa petite voix intérieure : c’est en effet en République dominicaine, chez elle, qu’il lui fallait poser ses valises.
Il lui suffit de regarder Gaya, sa fille. À la voir faire ses premiers pas et grandir aux côtés de ses cousines, elle se sent sereine, apaisée. En retrouvant la terre de son enfance, elle retrouve aussi Almah, sa mère, l’héroïne des Déracinés. Petit à petit, la vie reprend son cours et Ruth – tout comme Arturo et Nathan – sème les graines de sa nouvelle vie. Jusqu’au jour où Lizzie, son amie d’enfance, retrouve le chemin de Sosúa dans des conditions douloureuses.
Roman des amours et de l’amitié, Et la vie reprit son cours raconte les chemins de traverse qu’emprunte la vie, de défaites en victoires, de retrouvailles en abandons.
Guerre des Six-Jours, assassinat de Martin Luther King, chute de Salvador Allende… Catherine Bardon entrelace petite et grande histoire et nous fait traverser les années 1960 et 1970. Après Les Déracinés, salué par de nombreux prix, et le succès de L’Américaine, elle poursuit sa formidable fresque romanesque.

Saga familiale intense et émouvante, Catherine Bardon nous entraîne au cœur d’une famille généreuse malgré les souffrances traversées.
Ruth a décidé de rentrer au pays. La République Dominicaine, havre de paix et de souvenirs merveilleux et parfois douloureux. Et sa vie s’en trouvera changée à tout jamais.
Ce roman se lit comme un journal intime qui s’étoffe au fil des événements politiques, des guerres, des aléas de la vie, des joies et des peines. Un condensé de souvenirs, le passé lié au présent, où le futur s’écrit au fil des pages silencieusement. Une généreuse catharsis, touchante et révélatrice d’un temps qui s’efface. Une héroïne attendrissante qui prend la mesure de son héritage familiale et crée ainsi le sien.

 

L’amour, l’amitié, la famille sont le moteur essentiel de cette histoire captivante et émouvante.

 

Catherine Bardon écrit la vie. Celle qui fut, celle qui est, celle qui sera. Avec vivacité, attention et courage, elle nous emporte au cœur d’un univers aux mille couleurs.

 

Ruth, Gaya, Lizzie, Almah, Arturo, Nathan, Domingo… vous les aimerez tous. Pour leur simplicité, leur manière de croquer la vie, de s’interroger, de poser un regard différent sur leur entourage et sur leur manière de braver les impromptus de la vie et de ce qu’elle peut offrir de plus sombre.

 

Une fresque familiale à découvrir et tant qu’à faire en lisant Les Déracinés et L’Américaine disponible au format poche.

 

Son absence devint pour moi une matière malléable qui prenait moult significations au gré de mes humeurs, car ce que le destin a fait nôtre ne peut être perdu.
Et, peu à peu, la vie reprit son cours.
 
Une chronique de #Esméralda

CLAIRE OBSCURE de Sylvie Mouchon.


Depuis la fin de son adolescence, Claire souffre de narcolepsie. Dans le bus, dans la rue, au travail, elle s’endort n’importe où, n’importe quand, au point de ne plus distinguer la réalité du rêve. Comment construire sa vie quand les contours du réel sont si flous ?
Infirmière en cardiologie dans une clinique parisienne, elle n’a pas le droit à l’erreur. Le jour où un patient décède pendant sa garde, elle est mise à pied et sombre dans la dépression.
Face à cette épreuve, ses proches se mobilisent. Son père, un homme bienveillant, sa tante, une excentrique espagnole, et Ali, le joyeux oiseau de nuit du bar voisin, devront faire preuve d’acharnement pour lui prouver que le bonheur est possible.
Un premier roman, entre rire et larmes, qui parle de notre époque, tiraillée entre activité frénétique et désir d’authentique.

La vie de Claire est un sacré casse tête. La narcolepsie rend son quotidien dangereux. Elle peut s’endormir à tout moment pendant plusieurs minutes sans s’en rendre compte. Ces minutes d’égarement la plongent dans un monde où la réalité côtoie les songes, laissant sur son passage un goût amer, de situations cocasses et d’effrois.
Claire est une battante et ne veut pas se laisser abattre et dépérir. Armée de son portable, elle gère le temps à coup d’alarme. Dans son boulot elle s’impose des mesures drastiques. Alors quand un de ses patients perd la vie au cours de sa garde, le doute pernicieux s’invite dans sa vie. Le remord, les doutes, les questions la poursuivent inlassablement, la plongeant dans un marasme sans fin. Son père, sa tante, son voisin déjanté l’aident pour le mieux. Mais le mal est là et envahit son être.

 

Un combat silencieux, ponctué de rire et d’espérance. L’amitié, le cocon familial sont des moteurs essentiels à son rétablissement. Et si la vérité sur sa maladie se trouvait ailleurs ? Et si son passé recelait un secret immense et abject ? Est ce que la vie de Claire serait aussi obscure ?

 

Avec tact, honnêteté, Sylvie Mouchon nous propose une histoire touchante et merveilleusement intense. Des personnages profondément attachants dont leurs parcours ne peuvent que nous émouvoir. Une héroïne blessée, combative et souvent abattue. Un récit plein d’espoir, chaloupé par de nombreux rebondissements. Le sujet de la maladie et de ces conséquences sont le moteur de cette histoire, mais il me semble qu’il est important de vous signifier le parcours chaotique vers la résilience qu’emprunte Claire. Souvent douloureux, parfois salvateur, ce chemin est important et va la porter vers cette femme qu’elle rêve d’être.

 

Un premier roman prometteur qui laisse présager de nombreux autres tout aussi savoureux.

 

Une chronique de #Esméralda

JACKPOT ! de Stéphane Boudy.


Un obscur petit fonctionnaire, sur les conseils d’un curieux marchand de biens franco-chinois, se lance dans l’achat et la rénovation d’appartements. Au fil de ses acquisitions, surfant sur la bulle immobilière de la capitale, accompagné d’un fidèle homme à tout faire qui réhabilite à la perfection ses logements, le jeune homme se retrouve rapidement à la tête d’une véritable fortune.
Gérer un tel jackpot va s’avérer délicat… D’autant que la mort accidentelle d’une ex-employée envoie les deux hommes à la prison de la Santé. Depuis leur cellule, qu’ils retapent de fond en comble, le duo entreprend de déradicaliser les détenus. Le succès de cette dernière entreprise remonte jusqu’à l’Élysée. Le gouvernement engage alors ces drôles de missionnaires à exporter leur méthode explosive jusqu’en Indonésie…
Une fresque insolente et iconoclaste sur le monde actuel et ses contradictions. Mondialisation, islamisation, manipulation sont les maîtres-mots de cette fantaisie littéraire politiquement très incorrecte.

 
Jackopt ! est aussi surprenant que déstabilisant. Drôlement désopilant. Un conte moderne où humour et drame poussent le lecteur à prendre tout au second degré.
Loïc Nicolas est en somme un homme tout simple. Premier de sa famille à atteindre les hautes sphères de la fonction publique, issu d’une famille communiste, suit son chemin tel qu’il se dessine. Une vie banale où le moindre coup de folie serait d’office inquiétant. Métro, boulot, dodo, voilà à quoi se résume la vie de Loïc Nicolas. La vie parisienne n’a rien d’exaltant. La vie d’ouvrier de ses parents étaient paramétrés suivant des gestes conditionnés mais la sienne n’est guère revalorisante. Et puis un jour, tel un coup de baguette magique de la bonne fée, un coup de téléphone résonne tel le vacarme venant de l’enfer. Son banquier qui lui propose un prêt enfin d’investir dans l’immobilier. D’abord hésitant, Loïc Nicolas, se rend finalement à ce rendez-vous. Suivant les conseils de son banquier, il s’empresse de trouver le logement de ces rêves. Un chambre de bonne fera l’affaire. Monsieur Ping, bonimenteur excellentissime le prend sous son aile et lui enseigne l’art et la manière de devenir riche. Une rencontre plus tard avec l’homme à tout faire, voici qu’il revêt le costume de l’apprenti investisseur. Adieu le petit fonctionnaire, bonjour l’homme qui achète, rénove et vend des appartements.

 

De fil en aiguille, son affaire prospère et les ennuis se cumulent. Impayés, secrets et magouilles en tout genre avec les banques et un meurtre plus tard, sa vie devient un véritable charivari. Le temps court et lui avec, accompagné pas son compagnon d’infortune. Jusqu’au moment où le passé les rattrape et les envoie directement à la case prison où l’irraisonnable devient le moteur de leurs vies.

 

Conte moderne ou pamphlet de notre société, avec humour et déraison Stéphane Boudy dépeint les incongruités burlesques de ses dérives. Rien n’échappe à l’œil et à la plume acérés de Stéphane Boudy qui avec emphase et une verve dramatiquement incorrecte font de cette histoire, un livre impitoyable. Œil de sphinx qui décortique avec mordant une société à deux vitesses qui s’enlisent dans les idéaux capitalistes et religieux.

 

Une lecture étrangement déstabilisante au ton parfois moqueur et sérieux. Rien n’est à prendre à la légère mais tout est essentiel. Une lecture vive et déconcertante.

 

A découvrir absolument !

 

Les première lignes.
C’est au lendemain du 11 septembre 2001 que la vie de Loïc Nicolas changea. Trente-deux ans, employé de bureau à l’hôtel de ville de Paris depuis six ans, le quotidien de Loïc Nicolas passait. Il n’avait jamais été un jeune homme plein d’ambition. Fils d’un cheminot et d’une femme de ménage de Rennes, le goût de l’ambition n’avait jamais été élu dans sa famille où l’on préférait se réjouis du goût de la nourriture quand elle se trouvait là, rarement abondante.
Un lièvre aux raisins et olives noires faisait la joie de cette famille communiste qui ne jurait que par le Parti et les bons moments de convivialité qu’elle pouvait parfois trouver le dimanche quand les assiette étaient pleines. Le jeune Loïc Nicolas, fils unique, peu rompu aux mathématique, avait obtenu son baccalauréat, série littéraire. Ce succès avait tout de même illuminé les cœurs d’une famille sont la plus haute distinction n’avait jamais été que le certificat d’études du père, Lucien Nicolas.
 
Une chronique de #Esméralda

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… le site des éditions Lajouanie

… mon avis sur autre roman de Stéphane Boudy (clique sur la couverture pour le lire).

TURBULENCES de David Szalay


Douze vols, douze voyageurs en transit à travers la planète, douze destins individuels liés les uns aux autres. Après Ce qu’est l’homme, finaliste du Man Booker Prize, l’écrivain britannique David Szalay nous emmène aux quatre coins du monde, explorant ce lieu de passage par excellence qu’est l’aéroport. De Londres à Madrid, de Dakar à São Paolo, à Toronto et à Doha, ce sont des fragments d’existence qui tissent le récit pour finalement se rejoindre.
Avec une impressionnante économie de moyens et une grande subtilité, Szalay en saisit l’essence, captant chez chacun de ces êtres, en suspens à des milliers de mètres d’altitude, les zones de turbulences auxquelles la vie les expose.
En offrant une vision panoramique en perpétuel mouvement, Turbulences esquisse un portrait de l’humanité en temps de crise, et nous interroge sur notre place et notre rapport aux autres dans ce vaste réseau interconnecté qu’est le monde d’aujourd’hui.
Traduit de l’anglais par Etienne Gomez.

 
TURBULENCES est à mes yeux un de ces romans que je range dans la catégorie hors du commun. Il vous scotche sans que vous vous en rendiez compte. Sa compagnie se révèle autant de l’éphémère qu’il vous laisse cet étrange sentiment qu’il a touché une partie de vous.

Tout commence à Londres et tout se termine à Londres. 12 vies, 12 hommes et femmes liés par ce lien invisible où rencontres inopinés, discussions succinctes, regards forment les chaînons d’un grand ensemble.

David Szalay se contente d’exprimer l’essentiel, ne rentrant pas dans des descriptions qui pourraient alourdir le rythme. Justement le rythme est important, miroir de ces relations passagères, introduisant rapidement une nouvelle situation, dans un nouveau aéroport, un nouveau pays avec ces coutumes et ces us. L’essentiel au delà des mots, se trouvent dans les gestes, les attitudes, les réactions innées qui peuvent être violentes, doucereuses.

TURBULENCES est comme un diaporama de ces instants volés, riches, croisés, intenses. Des clichés, des photos instantanées qui pourraient couvrir un mur entier. Il y ce quelque chose de majestueux, d’impénétrable et de merveilleux.

Une boucle bouclée qui ne devait se jouer qu’une seule fois. Aussi vaste le monde soit-il, ces liens ont su transcender l’espace et se l’approprier. Il y a ce quelque chose de magique dans le roman de David Szalay, ce quelque chose qui est lié à l’infinité de possibilités de communions intrinsèques. Je me suis sentie moins seule. Un vaste champs où l’avion serait le moteur improbable d’histoires exceptionnelles.

Amour, amitié, reconnaissance, fraternité, colère, tout autant de turbulences qui dans le désordre le plus total forme une histoire magnifique.
 
A découvrir absolument !

Une chronique de #Esméralda

LA SOUSTRACTION DES POSSIBLES de Joseph Incardona.


À Genève, en 1989, Svetlana, une ambitieuse cadre bancaire, rencontre Aldo, un prof de tennis vaguement gigolo. Ils s’aiment mais veulent plus, plus d’argent, plus de pouvoir, plus de reconnaissance. Alors qu’ils préparent minutieusement le casse qui devrait changer leur vie, ils n’imaginent pas être les marionnettes de plus gros, plus malins, plus féroces qu’eux.
On ne joue pas impunément avec l’argent des puissants. Et pour les requins de la finance internationale, l’amour n’est pas une valeur refuge. Aldo et Svetlana n’avaient aucune chance.
Joseph Incardona signe ici son livre le plus ambitieux. Vaste comédie humaine tout à la fois roman noir et grand roman d’amour. Une prouesse.
Joseph Incardona : 50 ans, Suisse d’origine italienne, auteur d’une douzaine romans, scénariste de BD & de films, vient de réaliser son premier long-métrage.
Ses derniers livres, « Derrière les panneaux, il y a des hommes » (finitude 2015), Grand Prix de littérature policière, et « Chaleur » (finitude 2017) ont connu un beau succès, tant critique que public.

 
Il m’a bien fallu 15 jours pour arriver au terme de cette lecture. Cela est peut-être dû au contexte actuel que nous traversons tous, mais cette lecture a été un véritable calvaire pour moi. Je vous explique pourquoi.
Je découvre pour la première fois l’univers extravagant et très atypique de Joseph Incardona. Une écriture assez fluide dans l’ensemble et de nombreux changements de points de vue qui sont structurés par le nombre incroyable de chapitres. Là où cela commence à me déranger c’est quand l’auteur introduit ses réflexions personnelles quant à l’évolution de son roman. Alors oui c’est extravagant, c’est atypique, c’est peut être grandiose, mais cela m’a donné l’impression de ne plus savoir où donner de la tête. Ces mini cassures changent le rythme et ne donnent pas à mon sens une dimension de l’intrigue perfectionnée. Si certains et certaines ont adoré, moi je suis passée complétement à côté.

 

Une ambiance à la Scorsese comme dans le Loup de Wall Street. Si il est claire que j’adore Leornado Di Caprio dans son rôle ici j’ai beaucoup moins apprécié celui de l’apprenti riche. Ce prof de tennis, Aldo, qui veut à tout prix rentrer dans le monde des magouilles et Cie en charmant les dames de ces riches messieurs. Devenir le gigolo pour parvenir à ses fins et un peu surfait. Et comme tout le monde le sait l’univers de la finance se résume à celui qui pissera le plus loin pour mieux t’entuber et à celui ou celle qui aura le plus de conquêtes. Bref un monde d’apparence où  la désolation se cache derrière les coups fourrés, les coupes de champagnes et les antidépresseurs.

 

Le thème de ce roman est intéressant mais ne m’a pas du tout convaincu, du tout, du tout ! J’ai eu du mal à percevoir où voulait en venir l’auteur. A mes yeux il dépeint uniquement ce monde inaccessible au commun des mortels. La pseudo scène coup de foudre et bonheur qui s’ensuit dans un romantisme dégoulinant de guimauve détonnent franchement dans ce milieu où  les émotions ne doivent pas exister.

 

La grande majorité du roman ne sert qu’à dépeindre le contexte dans lequel tente d’évoluer nos apprentis héros qui ne rêvent que d’avoir les poches pleines. Peut-être que le bonheur ne se résume pas qu’à seulement ça et là où l’auteur veut amener notre réflexion.

 

Ni thriller, ni roman noir, ni romance LA SOUSTRACTION DES POSSIBLES est un grand flop pour moi. Joseph Incardona m’a plutôt effrayée avec ces longueurs interminables et cette manière de tourner en rond. Je n’ai pas du tout su trouver ce point d’attache qui me donne envie d’avancer dans une lecture. Une première expérience loin d’être enthousiaste et je ne pense même pas lire autre chose de cet auteur.

 

Et vous, l’avez-vous lu ? Avez-vous aimé ?

 

Une chronique de #Esméralda

UN GARCON SUR LE PAS DE LA PORTE de Anne Tyler.


 
Micah Mortimer, la petite quarantaine routinière, coule des jours heureux dans un quartier tranquille de Baltimore. En voiture, au travail ou avec sa petite amie, il ne dévie jamais de sa route toute tracée – jusqu’au jour où il trouve Brink Adams qui l’attend sur le pas de sa porte.
Car l’adolescent fugueur en est sûr, Micah est son père biologique… Pour l’homme qui aimait ses habitudes, cette seconde chance sonne comme une malédiction.

Anne Tyler décrit avec une certaine passion bouleversante, le quotidien de Micah Mortimer. Un quotidien qui vous paraîtrait certainement ennuyeux voire morne. Un quotidien pourtant si réconfortant pour un homme aux exigences bien trop prononcées.
Micah Mortimer fait partie de la classe moyenne américaine. Chef de sa propre entreprise, Micah vivote ici et là dans son appartement au sous-sol. Micah est un pro des planning auxquels il ne déroge jamais : le lundi c’est ça, le mardi autre chose, le mercredi un autre etc. … Son planning est essentiellement composé de tâches ménagères. Le réveil suit un rituel facétieux : footing, douche, petit déjeuner et ménage avant d’attaquer selon les appels reçus les interventions informatiques chez les particuliers. Son appartement au sous-sol est d’une propreté immaculée où le désordre n’a pas sa place. Micah est un homme rigoureux et s’en défend particulièrement bien. Il aime aider ses voisins pour que tout soit en ordre et s’occupe volontiers de sortir les containers. Tout cela dans un ordre prédéfini.

 

Micah paraît étrange. Ses réactions ne sont pas celles auxquelles on pourrait s’attendre. Il est d’un calme effroyable et rien ne semble l’atteindre. Alors quand ce jeune homme sur le pas de sa porte, prétend être son fils. C’est la goutte qui fait déborder le vase. Cette remise en question sera-t-elle le symbole d’un changement majeur ?

 

Je découvre pour la toute première fois la plume de Anne Tyler. Un plume qui aime les petits détails dans les grands et qui n’hésite pas à utiliser de grandes envolées lyriques pour accentuer ces descriptions savoureuses et utiles. Anne Tyler décortique ces hommes et femmes qui se perdent dans la frénésie et l’obsession du tout, et dans le contrôle absolu du temps qui passe. Micah est un personnage attachant et non rébarbatif. Ses réflexions, sa manière d’agir (souvent très maladroite), sa manière de réagir, sa manière de concevoir les relations avec les autres, ses attitudes, sa manière d’être dressent  le tableau de cet homme avec empathie. Il est drôle justement de voir comment l’homme frigide s’adapte face aux éléments perturbateurs.

 

UN GARÇON SUR LE PAS DE LA PORTE est une belle balade aux côtés d’un homme singulier qui s’égare dans ses conceptions particulières de la vie. Anne Tyler dresse le portrait de l’atypique avec humour et détachement.

 

Quand Micah était au volant, il aimait faire comme s’il était examiné par un système de surveillance qui épiait tous ses faits et gestes. Le fieu de la Circulation, l’appelait-il. Au centre de commandement du dieu de la Circulation se trouvait une armada d’hommes en bras de chemise et visière verte sur la tête, qui échangeaient régulièrement des commentaires sur la conduite parfaite de Micah. « Notez comme il met son clignotant même lorsqu’il n’y a personne derrière lui », disaient-ils. Micah mettait toujours, absolument toujours, son clignotant. Même dans son parking. Quand il accélérait, il se figurait qu’il y avait un œuf sous sa pédale, comme on le lui avait appris ; quand il freinait, il le faisait de façon progressive, jusqu’à s’arrêter sans le moindre à-coup ou presque. Et si un autre conducteur estimait au dernier moment qu’il avait besoin de s’insérer dans la file de Micah, on pouvait compter sur celui-ci pour ralentir et faire un signe courtois de la main gauche, paume tournée vers le haut, indiquant qu’il le laissait passer. « Vous avez vu ça ? disaient les agents du dieu de la Circulation. Les manières de ce brave homme sont impeccables. »
 
Une chronique de #Esméralda

10 MINUTES ET 38 SECONDES DANS CE MONDE ÉTRANGE de Elif Shafak


Et si notre esprit fonctionnait encore quelques instants après notre mort biologique ? 10 minutes et 38 secondes exactement. C’est ce qui arrive à Tequila Leila, prostituée brutalement assassinée dans une rue d’Istanbul. Du fond de la benne à ordures dans laquelle on l’a jetée, elle entreprend alors un voyage vertigineux au gré de ses souvenirs, d’Anatolie jusqu’aux quartiers les plus mal famés de la ville.
En retraçant le parcours de cette jeune fille de bonne famille dont le destin a basculé, Elif Shafak nous raconte aussi l’histoire de nombre de femmes dans la Turquie d’aujourd’hui. À l’affût des silences pour mieux redonner la parole aux « sans-voix », la romancière excelle une nouvelle fois dans le portrait de ces « indésirables », relégués aux marges de la société.

 
Elif Shafak vous invite à plonger dans une Istanbul secrète où dorure et air d’orient laisse place à un monde dominé par la religion et les à priori. Un voyage unique. Une exploration sensorielle au travers des yeux d’une femme qui s’éteint.
Tequila Leila aurait pu avoir une vie douce auprès d’un mari et une ribambelle d’enfants. Elle est née dans une famille ordinaire d’une petite ville. Mais Leyla (oui avec un y) est vite confrontée à l’ignominie qui bouleverse sa vie. La fuite est le seul moyen de mettre derrière elle ses blessures. Elle arrive à Istanbul, est vendue à un bordel, s’en échappe pour intégrer un nouveau bordel, se marie et rencontre des amies. Tout autant d’événements qui traversent sa vie paisiblement ou chaotiquement. Tequila Leila brave les années telles qu’elles viennent. Trouvant la force de surmonter les épreuves auprès de ses amies. Un cercle intime contre le monde extérieur méprisant. Un monde où les possibles deviennent des réalités et où les mots n’ont pas peur d’être dit.

 

Expirant son dernier souffle dans un container sordide d’un quartier sordide, Tequila Leila se rappelle. Pendant ces 10 minutes et 38 secondes, les souvenirs surgissent au grès de senteurs précises. Un voyage extraordinaire au cœur d’une vie ordinaire. Un voyage sensorielle où ces moments capitaux, tels des clés maudites, ont fait d’elle la femme qu’elle est devenue. Un voyage particulier, un voyage singulier qui dépeint les maux d’une société dirigée par la religion, la spiritualité et le rigorisme.

 

Un roman bouleversant. Chaque chapitre confectionne la personnalité attachante de Tequila Leila. On y découvre ses blessures affligeantes, ses rêves et ses espoirs. Une femme forte dans un monde où le dédain et la méprise sont mots d’ordre. Elis Shfak met en exergue ce monde souterrain où prostituées, travestis, immigrés se battent pour une simple reconnaissance. Cette histoire se déroule dans un contexte historique propre à la Turquie rendant l’atmosphère davantage réelle. J’aime beaucoup la manière dont l’auteure d’un moment qui aurait pu être une simple accroche banale à l’introduction de son histoire, en fait un pivot central et important. J’aime beaucoup la manière dont elle s’approprie  les souvenirs et en fait une balade quasi mystique.

 

Elif Shafak narre une très belle histoire à la portée d’autant plus importante qu’elle décrit une société de nantis. Une très belle découverte. Une plume magnifique pour une histoire touchante. Je regrette, simplement, cette partie « entracte » qui fait trop Hollywood à mon goût et qui n’était pas, spécialement, nécessaire. Elle reste néanmoins savoureuse, un moment détente dans une histoire forte en émotions.

 

La dernière chose dont se souvint Leila, ce fut le goût du fraisier fait maison.
Quand elle vivait à Van, les célébrations étaient réservées à deux causes vénérables : la nation et la religion. Ses parents commémoraient la naissance du prophète Mahomet e celle de la république turque mais pensaient que la naissance d’un individu ordinaire ne méritait pas qu’on la fête chaque année. Leila n’avait jamais demandé pourquoi. Ce n’est qu’après avoir quitté la maison, et appris à Istanbul que d’autres se voyaient offrir un cadeau ou un gâteau à leur anniversaire que la question la frappa. Depuis, chaque 6 janvier, quoi qu’il arrive, elle faisait en sorte de prendre du bon temps. Et si certains célébraient l’occasion par une fête débridée, elle s’abstenait de les juger ; qui sait, peut-être que comme ils compensaient une enfance prive de cotillons.
 
Une chronique de #Esméralda

LE NOIR ENTRE LES ÉTOILES de Stefan Merrill Block.


« À la fois un garçon et une légende: tu avais dix-sept ans lorsqu’une balle de calibre .22 t’a scindé en deux. Dans un des deux mondes, celui qui gravite autour de ton lit d’hôpital, tu es devenu le Martyr de Bliss, Texas. Tu t’es changé en un spectre qui flotte au-dessus de la population clairsemée de ta ville natale dévastée, porteur tour à tour d’espérance, de désespoir et de consolation. »
Dix ans après une terrible tuerie dans son lycée, Oliver Loving est toujours plongé dans un coma profond. Brisée par le drame, sa famille s’est désunie : son père, Jed, un artiste raté, a trouvé refuge dans l’alcool, et sa mère, Eve, s’obstine à garder espoir, refusant e son fils soit débranché. Quant à Charlie, leur cadet qui se rêve écrivain, il a quitté le Texas pour vivre librement son homosexualité à New York et fuir l’ombre pesante de son grand frère. Mais lorsqu’un nouvel examen révèle chez Oliver les signes d’une activité cérébrale, tous trois se retrouvent à son chevet, dans l’espoir d’avoir enfin une réponse à toutes leurs questions.
Après le succès d’Histoire de l’oubli, Stefan Merrill Block signe un roman bouleversant sur la famille, la fin de vie et la résilience. Alternant subtilement les points de vue, Le noir entre les étoiles interroge de manière intime l’expérience du traumatisme et aborde une question essentielle : qu’est-ce qu’une vie digne d’être vécue ?

 
Immersif, LE NOIR ENTRE LES ETOILES captive par cette étrange intrusion aux cœurs de ces vies détruites. Une à une, leurs voix se délient dans un temps intemporel ou passé et présent ne forment plus qu’un.
Une famille ordinaire avec leurs espoirs et leur travers. Jed, le papa, est un artiste maudit et incompris. Eve, la maman, s’évertue à rendre la vie paisible à tous. Charlie, le petit frère homosexuel, cherche sa voie. Et Oliver rêve d’écriture et d’amour.

 

Puis ce jour fatidique sonne le glas de ces vies, le 15 novembre, la mort s’invite dans le lycée lors du bal tant attendu. Des morts et un blessé, Oliver a tout jamais perdu dans un monde dont on ignore tant. Il est emmuré dans ce corps qui ne vit que grâce à ces machines infernales. Les années défilent et la famille éclate. Une mère désillusionnée qui s’accroche tant bien que mal à un espoir si ténu et qui ne renoncerait pour rien au monde à son rôle de mère. Jed se perd dans l’alcool, ignorant conscient de ses responsabilités bafouées. Charlie, petit garçon éternel à la recherche de l’approbation parentale, s’ignore et suit cette voie qui lui semble tant judicieuse. Rendre honneur à son frère et devenir lui, lui tient tant à cœur.

 

Dix années à Oliver à espérer dans ce silence teinté de noir, de lumière et de tant d’autres souvenirs. Un méli mélo puissant et destructeur où la vie est une grande farceuse. Question existentielle, question métaphysique, question unique Pourquoi ?

 

Stefan Merrill Block décortique avec sensibilité et frénésie une famille touchée par le drame. Les points de vue alternant entre le avant et le après apportent cette touche intime et profonde où âmes, peines, colères et abandon jouent au chat et à la souris. La perte, le deuil, l’acceptation tout autant d’épreuves à franchir sur le chemin de la résilience. L’attrait psychologique des personnages est impressionnante. Ces petits détails, ces rengaines, ces soupirs donnent au récit cette touche irréelle de l’immersion. Les émotions qui traversent les personnages sont d’une rare force. Elles touchent en plein cœur, elles révoltent, elles attristent, elles peinent. Leur force aussi destructrice soit-elle, à ce quelque chose de rédempteur.

 

LE NOIR ENTRE LES ETOILES est une merveilleuse découverte de ce début d’année. Un livre accaparant et d’une vérité insoutenable. Un livre douloureux et puissant. Une livre où la liberté d’être entendu est une bataille féroce. Un livre salvateur.

 

A découvrir sans aucun doute et pour ma part je rajoute dans ma liste de mes envies Histoire de l’oubli que vous avez peut-être lu.

 

Et justement, c’est à l’instant précis où tu te soulèves au-dessus du sol instable que l’énergie détectée par les appareils du médecin explose violemment à l’intérieur de toi. La lumière arrache la doublure de tes vêtements et la matière de ta peau, faisant voler tous les boutons d’un seul coup. La conflagration est si puissante que ces précieux petits fragments, au lieu de retourner vers le passé comme ils le faisaient jusque-là, prennent les airs comme l’exact contraire des balles d’Hector Espina, des projectiles qui ouvrent une histoire au lieu de la clore. La gerbe des boutons s’éparpille, en route vers un monde neuf où tu seras en même temps partout et nulle part. Et toi, tu commences, déjà à les poursuivre, lancé vers l’avenir.
 
Une chronique de #Esméralda.