TOUTE UNE VIE ET UN SOIR de Anna Griffin.

 

 

[ LITTÉRATURE CONTEMPORAINE IRLANDAISE – Nouveauté 2019 ]
Traduction de l’anglais (Irlande) par Claire Desserrey
DELCOURT LITTÉRATURE
272 pages
Ma note : 5/5 mention « incontournable 2019 »
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Le résumé :
Dans une bourgade du comté de Meath, Maurice Hannigan, un vieux fermier, s’installe au bar du Rainsford House Hotel. Il est seul, comme toujours – sauf que, ce soir, rien n’est pareil : Maurice, à sa manière, est enfin prêt à raconter son histoire. Il est là pour se souvenir – de tout ce qu’il a été et de tout ce qu’il ne sera plus. Au fil de la soirée, il veut porter cinq toasts aux cinq personnes qui ont le plus compté pour lui. Il lève son verre à son grand frère Tony, à l’innocente Noreen, sa belle-soeur un peu timbrée, à la petite Molly, son premier enfant trop tôt disparu, au talent de son fils journaliste qui mène sa vie aux États-Unis, et enfin à la modestie de Sadie, sa femme tant aimée, partie deux ans plus tôt. Au fil de ces hommages, c’est toute une vie qui se révèle dans sa vérité franche et poignante…
Un roman plein de pudeur et de grâce qui contient toute l’âme de l’Irlande.

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Aujourd’hui, les gens adorent parler. Dire ce qu’ils ont sur le cœur. Comme si c’était facile. Les hommes, en particulier, se font beaucoup reprocher de pas faire leur part dans ce domaine. Pour ce qui est des Irlandais… Crois-moi sur parole, ça s’arrange pas avec l’âge. C’est comme si on s’enfouissait toujours plus loin dans notre solitude. Pour régler nos problèmes nous-mêmes. Tous ces hommes assis seuls au comptoir, remâchant en boucle les mêmes pensées. Si t’étais à côté, fiston, tu entendrais rien de tout ça. Je saurais pas par où commencer. Dans mon cerveau, tout est clair, mais le clamer devant tout le monde, à quelqu’un d’autre ? On n’a pas été élevés comme ça. On nous l’a pas appris à l’école. Ni prêché depuis la chaire. Après on s’étonne qu’à 30, 40 ou 80 ans, on soit pas capable de s’y mettre.

 

Il est l’heure pour Maurice Hannigan de lever cinq fois le coude aux personnes qui ont fait de sa vie un long parcours paisible. Cinq toasts à cinq personnes qui lui sont le plus chères. Hannigan du haut de ses 80 piges, délivre tout au long de cette soirée mémorable, un long message touchant et poignant sur sa vie. En bon irlandais qu’il est, dévoilé ses sentiments, ses états d’âme, ses pensée les plus intimes, ses doutes, ses craintes et ses fous rires, est un sacré challenge.
 

 

Accoudé au bar qui a connu tant d’hommes esseulés, ivres, joyeux et en colère, Hannigan se lance dans le récit d’une vie conditionnée par la rudesse de la terre irlandaise. Puisant le courage au fond de ses tripes et poussé par ce besoin irrépressible de confidence, Hannigan déverse un flot de souvenirs, des bons comme des mauvais, une effluve douce, captivante et généreuse qui est agréable de suivre.

 

Je me suis installée à son côté, regardée dans les yeux cet homme humble prêt à un dernier voyage extraordinaire. Je l’ai écouté religieusement, comme si cet aparté entre nous était un moment sacré et unique. Et j’ai vu sur les traits de son visage et à ses mains battant le bois et triturant ses poches, que ses mots emprunts d’une honnêteté sans faille me bouleverseraient et me passionneraient. Être témoin de cet instant est magique et naturel, comme si c’était le bon moment.

 

Notre balade débute avec une bouteille de Stout, levée en l’honneur d’un frère parti bien trop tôt. « Contre le reste du monde », était leur mantra préféré, bravant ainsi la rudesse de la vie et de la terre et des patrons tyranniques. Avec son frère tout était possible, rien était impossible.
Suivie d’un verre de Bushmills, levé à sa petite fille qui n’a jamais pu connaitre. Un verre amer rempli de reproche, d’amertume et de déception. Une petite fille qui continuera de vivre dans son cœur meurtri et qui deviendra une confidente silencieuse et actrice lors de ses prises de décision.
C’est à nouveau avec une bouteille de Stout, que Hannigan porte son troisième toast dédié à sa belle-sœur. La sœur cadette de sa femme est un rayon de soleil de simplicité et de bonheur.
Suivi de l’incontournable Jefferson’s Presidential Select dédié à son fils sur lequel il s’épanche sur son rôle de père qui n’a pas été à la hauteur.
Et pour finir un Whiskey Midleton au souvenir de sa tendre femme.

 

Anna Griffin signe un premier roman aussi charmant que nostalgique. Une virée inoubliable au côté d’un homme qui se confie. Une nuit pour relater toute une vie remplie de joie, de bonheur, d’austérité, de malheur. Une vie simple où le courage, le labeur l’ont dirigé un long moment, où les mots finissent par avoir une signification, un exutoire, un lâcher prise qui prend alors toute son importance. Une histoire émouvante et captivante dont j’ai pris plaisir à la découvrir. Une lecture intense qui est loin de me laisser indifférente. Il est étranger d’être témoin de ses confessions. Elles reflètent l’âme d’un homme et de son pays, de ces temps d’autrefois et d’aujourd’hui et de cet amour fusionnel et unique longtemps gardé dans ce cœur façonné par l’inutilité de dire simplement les choses importantes.

 

La plume d’Anne Griffin est d’une subtilité attendrissante et d’une honnêteté à tout épreuve. Une harmonie communicative qui transcende et émerveille autant qu’elle interroge. La traductrice a fait un travail fantastique.

 

TOUTE UNE VIE ET UN SOIR est une très belle découverte. Un premier roman magnifique qui peint un portrait saisissant d’un homme qui saura vous toucher en plein cœur.

 

#Esméralda

 


 

 

Je remercie les éditions Delcourt Littérature pour leur confiance.

 

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… le site des éditions Delcourt Littérature.

LES FUREURS INVISIBLES DU COEUR de John Boyne.

[ LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE IRLANDAISE – Nouveauté 2018]
Éditions JC LATTES – Collection Littérature Étrangère
Traduit par Sophie Aslanides
Titre original : The heart’s invisible furies.
580 pages
Ma note : 4,5/5 mention « pépite »
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Le résumé :
Cyril Avery n’est pas un vrai Avery et il ne le sera jamais – ou du moins, c’est ce que lui répètent ses parents adoptifs. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ?
Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif d’un couple dublinois aisé et excentrique par l’entremise d’une nonne rédemptoriste bossue, Cyril dérive dans la vie, avec pour seul et précaire ancrage son indéfectible amitié pour le jeune Julian Woodbead, un garçon infiniment plus fascinant et dangereux.
Balloté par le destin et les coïncidences, Cyril passera toute sa vie à chercher qui il est et d’où il vient – et pendant près de trois quarts de siècle, il va se débattre dans la quête de son identité, de sa famille, de son pays et bien plus encore.
Dans cette œuvre sublime, John Boyne fait revivre l’histoire de l’Irlande des années 1940 à nos jours à travers les yeux de son héros. Les Fureurs invisibles du cœur est un roman qui nous fait rire et pleurer, et nous rappelle le pouvoir de rédemption de l’âme humaine.


Mon avis :

Quand John Boyne parle de son Irlande, on ne peut que ressentir son attachement à ces terres. Rudes, intransigeantes, inhospitalières, violentes, malgré cela il en résulte un sentiment de bienveillance.


John Boyne que je découvre est un auteur extraordinaire. Il insuffle une dose de magie dans un univers, dans une Irlande rigoriste et dirigée d’une main de maître.


Alors que l’actualité irlandaise annonce la légalisation de l’avortement, John Boyne, lui, nous fait découvrir l’enfer d’un jeune homme orphelin, Cyril Avery, qui ne peut pas assumer sa véritable personnalité. Etre homosexuel est alors considéré (et peut être encore de nos jours) comme étant une maladie mentale. Les passages à tabac, les meurtres sont tout simplement impunis quant les agresseurs sont adulés et innocentés. Cyril Avery est élevé par une père et une mère qui n’assume pas tellement leur rôle de parent. Tel une sorte de trophée pour parachever l’image d’une famille normale. Cyril grandit et s’interroge. Ses pulsions deviennent incontrôlables le mènent sur des chemins dangereux. Il souffre de son incapacité à être normal, se morfond, s’isole, s’imagine même être une bête. Survivre dans une Irlande catholique où l’Eglise dirige tout, le pousse à s’afficher avec la gente féminine, notamment avec la sœur de Julian Woodbead qui subira de plein fouet les remords de Cyril. Julian incarne l’homme idéalisé. Cyril ne peut rien lui refuser et est prêt à tout pour garder au moins son amitié. Julian est un homme à femmes, trop de femmes et cela lui sera fatal. Caricature parfaite du bon vivant, Julian détonne par son caractère nonchalant et bienheureux.


Cyril est un homme d’une gentillesse extrême et innée, bienveillant, certes un peu perdu mais tout au long de l’histoire il va s’affirmer et assumer toutes ses erreurs. 


LES FUREURS INVISIBLES DU COEUR est une pépite, de celle qui témoigne des difficultés dues à l’ignorance et à la différence. John Boyne avec tact, humour et honnêteté relate l’histoire d’un homme qui en aime d’autres, qui se cherche, se trouve et se perd. Un homme qui doit fuir, se reconstruire et aimer. La pureté de l’amour entre deux personnes est si belle. Un amour qui prend une dimension significative et sensible dans les différents voyages qui prennent alors la dimension de la quête initiatique, de soi, de l’autre. Un quête contre l’ignorance, les préjugés et contre la maladie. Celle qui foudroie, qui intrigue et qui subjugue. Une quête rédemptrice. Si John Boyne ne tombe pas dans le mélodramatique, il insuffle une dose d’optimisme et d’humour à bien de scènes. Les dialogues pimpants et ingénieux viennent contrecarrer les monologues déprimants. John Boyne confronte la haine et le pardon. Les murs sont si difficiles à abattre.


Après un début difficile car je suis sortie de ma zone de confort, la suite a été un véritable délice. Les aventures de Cyril sont à la fois émouvantes et déconcertantes. La vie et son sens de l’humour s’invitent dans un décor sinistre et violent. Comment ne pas succomber et apprécier à sa juste valeur le dernier roman de John Boyne ? Une pure merveille tout simplement à dévorer !

#ESMERALDA



Je remercie les éditions JC Lattés pour leur confiance via la plateforme Netgalley.

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Vers le site des éditions JC LAttès pour tout savoir.

Vers Wikipédia pour tout découvrir sur John Boyne.


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