JE REFUSE D’Y PENSER de Lotta Elstad.

[ LITTERATURE CONTEMPORAINE NORVEGIENNE – Nouveauté 2019]
Traduit du norvégien par Aude Pasquier
EDITIONS MARABOUT – Collection La Belle Etoile
281 pages
Ma note : 3/5
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Le résumé :
Alors qu’elle vient de se faire quitter par son petit ami (si l’on peut appeler ainsi le type chez qui elle passe la nuit de temps à autre) et licencier par son employeur (ou, tout au moins, le journal qui lui commande des piges occasionnelles), Hedda Møller, 33 ans, décide de partir en vacances en Grèce. Mais l’avion à bord duquel elle a embarqué est contraint d atterrir en urgence à Sarajevo. Traumatisée par cette expérience, Hedda renonce à son voyage et préfère rentrer à Oslo en bus. Elle traverse ainsi l’Europe en sens inverse, dort dans des hôtels miteux et vit une aventure d’un soir avec Milo, rencontré sur Tinder. De retour chez elle, Hedda apprend qu’elle est enceinte. Mais tandis qu’elle croyait pouvoir facilement mettre un terme à cette grossesse, elle découvre que la législation a changé, rendant la procédure nettement plus compliquée…

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Hedda Moller, journaliste free-lance, a toujours su faire face aux aléas de la vie. Parcourir le monde, interviewer, gratter le papier, même son minuscule appartement (où la douche est accolée à la cuisinette) ont toujours été une satisfaction pour cette femme moderne. Hedda aime découvrir le monde et est toujours ouverte aux autres visions se façonnant une forte personnalité. Son intelligence n’est pas à démontrée. Sa routine quotidienne, sa vie décalée par rapport au commun des mortels et sa meilleure amie ont une place cruciale dans son monde qu’elle s’est bâtie. Hedda aime courir après cette liberté qu’il lui est chère. Et puis un jour tout bascule. Lukas, le sex-friend, met un terme à une relation qui n’avait d’importance qu’aux yeux de Hedda, et le directeur de l’agence de presse à qui elle vendait ses papiers la remercie pour ses services auxquels ils ne feront plus appel pour des raisons budgétaires. Voilà que sa vie paisible coule à pic. La fuite lui semble être l’excellent remède contre ses maux. Direction la Grèce sur un vol lowcost qui se terminera pour Hedda à Sarajevo. Décidée de renoncer à cet intermède, elle prend la décision de rejoindre Oslo par les routes européennes. Alors qu’elle fait escale en Allemagne, elle rencontre le farfelu Milo qui ne se laissera pas oublier aussi facilement.

 

Lotta Elstad signe un roman sociétal très intéressant. Ce focus sur la société norvégienne ouvre des fenêtres sur un monde qu’il nous est impossible d’appréhender. Les enjeux sont très différents d’un pays à l’autre, et les faits étalés ici le démontrent parfaitement bien. Hedda se trouve confrontée au manichéisme de la science où la volonté personnelle est bafouée par des enjeux et des attraits politiques. On observe cette scission entre ceux qui suivent un chemin tout tracé par le parti politique et ceux qui sont mis aux bancs de la société. L’argent à une place capitale dans le récit, un dualisme crucial entre la volonté et la réalité. Cette fuite entreprise par Hedda, la porte aux confins de l’abandon de soi en omettant la réalité. Ni déni ni persécution, mais une omission qui lui permet de mettre en avant ses propres considérations. Son compagnon d’infortune est aussi harassant qu’important, étant le déclencheur d’une foulée de pensées.

 

Lotta Eldtsat offre une histoire singulière où l’avortement est le moteur d’une réflexion intense. Le droit et la liberté à cet acte est remis en cause comme il devient un enjeu pour une vie qui bat de l’aile.

 

Une histoire rythmée par des chapitres courts qui nous porte d’une situation à une autre, alternant le passé et le présent. Il m’a manqué une certaine profondeur dans les propos développés. A mon sens l’autrice reste à la surface des faits et par la même occasion il m’a manqué l’intensité que j’aime ressentir dans mes lectures. Néanmoins j’ai aimé découvrir les aspects de la société norvégienne et ses aspérités, pays, qui à mes yeux est un eldorado. JE REFUSE D’Y PENSER est une très belle découverte. Une autrice qui dépeint les maux de son pays avec frénésie et honnêteté sans pour autant se laisser abattre.

 

Je savais bien que cette reconnexion au monde extérieur serait ma tragédie. Je savais bien qu’aux yeux de Lukas, ce monde extérieur était plus important que ma petite personne, et j’éprouvais le besoin de le punir pour cela, mais en femme respectable que je suis, j’ai résisté à cette envie et ravalé mon dépit en silence.
 
Une chronique de #Esméralda.

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