MIREILLE OUVRIÈRE DE LA CHAUSSURE de Philippe Gaboriau.

 
[ RÉCIT – TÉMOIGNAGE – Nouveauté 2019]
Ateliers HENRY DOUGIER – Collection Une Vie, Une Voix
106 pages
Ma note : 4/5 mention « à découvrir »
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Le résumé :

 

La vie simple d’une ouvrière à la campagne, une tranche de vie qui fait écho à notre mémoire
 » Elle disait : on est des ouvriers consciencieux… Il faut faire avec ce qu’on a… C’est déjà pas si mal par rapport à ce que c’était… On a eu une petite vie tranquille… On a gagné notre pain honnêtement… « 
Comme une sorte de retour aux sources, Philippe Gaboriau retrace la vie de sa tante, ouvrière de la chaussure dans le Choletais entre les années 1960 et 2000. Il nous invite à entendre la parole authentique de Mireille, avec ses particularismes régionaux et générationnels. À travers les souvenirs de cette femme et les commentaires du narrateur, on voit se dessiner un destin avec ses joies et ses tragédies. Ce récit nous plonge dans les petits gestes du quotidien, les valeurs et les références culturelles d’une génération d’ouvriers nés dans les années 1920-1930.

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MIREILLE, OUVRIERE DE LA CHAUSSURE est un des trois ouvrages paru dans la toute nouvelle collection Une Vie, Une Voix, des Ateliers Henry Dougier. J’affectionne particulièrement leurs parutions qu’elles soient littéraires ou témoignages. Leurs romans et leurs récits, aussi courts soient-ils, sont percutants et enrichissants.

 

Après ce petit aparté de présentation, je reviens donc à ce récit merveilleux. Philippe Gaboriau, neveu de Mireille, retrace la vie de cette femme courage d’un autre temps où d’autres mœurs, d’autres espoirs régnaient dans un quotidien que personne à l’heure d’aujourd’hui ne voudrait vivre. Mireille est née entre deux-guerres dans un petit coin de campagne non loin de Cholet, Sainte-Aubignée. Coin rural de l’Ouest où la main- d’oeuvre campagnarde de qualité alimentait les usines. Très jeune Mireille fut placée dans une famille plutôt riche pour s’occuper des enfants et autres corvées. Quelques années plus tard le mariage et l’usine font devenir sont quotidien. L’usine est alors un endroit assez convivial où femmes, essentiellement, et hommes travaillent au rythme des chants, des commérages. L’usine est sa deuxième maison, et il est important de s’y sentir à l’aise et par la même occasion de fournir de l’excellent travail. Je te rappelle que le droit du travail à l’époque était loin de ce qu’il est à l’heure actuel. Les enfants naissent mais le travail doit continuer, mais cette fois-ci à la maison. La machine à coudre tourne à plein régime, les chaussures s’entassent et les finitions n’en finissent plus. Sa vie d’ouvrière est belle malgré tout. Il manque rarement à manger même si la comptabilité de la famille est réglée aux centimes prêts. Leur vie est belle, joyeuse, faite de choses simples. Elle coule lentement tel un long fleuve tranquille. Mireille voit alors la société changée, évoluée, vers le bon, peut-être pas. Son monde, son usine se transforment peu à peu, détruisant une certaine plénitude. Mireille n’a jamais souffert psychologiquement de son travail. C’est une brave femme qui menait à bien ses obligations sur tous les fronts. Retournée les manches et mettre de l’huile de coude dans ses travaux ne lui ont jamais fait peur. Le corps finit tout de même par lâcher et sonne le glas d’un monde actif.

 

Philippe Gaboriau tire le portrait authentique d’une femme téméraire, courageuse et méritante. Une femme aimante qui porte à bout de bras une famille unie. Philippe Gaboriau met en avant ses petits détails qui m’ont fait sourire tels que les émissions préférées, les musiques préférées, les faits et gestes d’un quotidien simple et tranquille alternant entre le passé et le futur.

 

Elle aimait les auteurs-compositeurs qui écrivaient les textes et les interprètes qui étaient capables de vivre « avec leurs tripes » leurs rengaines. Les Edith Piaf, les Jacques Brel, les Charles Aznavour. Les chanteurs qui s’exprimaient. ceux et celles qui bouleversaient et déchiraient le cœur. Ceux et celles qui, généreux, donnaient tout, sans réserve.
 
Une femme qui a donné tout sans rien attendre en retour, si ce n’est cette retraite tant méritée où elle a pu, enfin, découvrir le monde.

 

Philippe Gaboriau, garant, récepteur et transmetteur de souvenirs, peint un tableau d’un autre monde perdu.

 

Je n’ai pu que transposé ce récit à ma propre expérience et relations avec mes grands-mères. D’ailleurs il est très difficile de leur faire parler de leur passé, peut-être par pudeur, je ne sais pas. Mais j’ai retrouvé un peu de Mireille en elles : il était une époque où une de mes grands-mères rapportait des sacs-à-main chez elle pour finir les assemblages des pièces, ou l’autre qui sur sa mobylette partait au village voisin pour prendre le bus afin de rejoindre la grande ville à environ une heure de trajet, et cela matin et soir, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, qu’elle soit malade.

 

Ces souvenirs s’éteignent peu à peu, de mères en filles et/ou de mères en fils. Ces souvenirs, ces histoires ne sont plus contés aux oreilles des enfants, rendant leur chance d’exister quasi nulle. Ce monde disparaît au détriment du présent et du futur, mais à quel prix ?

 

#Esméralda

 
Je remercie les Ateliers Henry Dougier pour leur confiance.

 

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… sur le site des Ateliers Henry Dougier.