UN MARIAGE AMÉRICAIN de Tayari Jones.

[ LITTÉRATURE CONTEMPORAINE NORD AMÉRICAINE – Nouveauté 2019]
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Karine Lalechère
Éditions PLON – Collection Feux Croisés
432 pages
Ma note : 18/20
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Le résumé :
Celestial et Roy viennent de se marier. Elle est à l’aube d’une carrière artistique prometteuse, il s’apprête à lancer son business. Ils sont jeunes, beaux et incarnent le rêve américain… à ceci près qu’ils sont noirs, dans un État sudiste qui fait peu de cadeaux aux gens comme eux. Un matin, Roy est accusé de viol. Celestial sait qu’il est innocent, mais la justice s’empresse de le condamner.
Les années passent, et la jeune femme tient son rôle d’épouse modèle jusqu’au jour où cet habit devient trop lourd à porter. Elle trouve alors du réconfort auprès d’Andre, son ami d’enfance. À sa sortie de prison, Roy retourne à Atlanta, décidé à reprendre le fil de la vie qu’on lui a dérobée…
Avec ce portrait de la classe moyenne noire du sud des États-Unis, Tayari Jones radiographie le couple et signe une histoire d’amour tragique et contemporaine qui explore les thèmes de la famille, de la loyauté, du racisme. Caustique et rigoureuse observatrice de son temps, cette auteure reconnue outre-Atlantique s’attaque en femme de lettres aux maux qui rongent la société américaine, et parvient à donner à ce texte fulgurant et âpre tous les atours d’un grand roman.
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Être noir dans un pays de blanc, c’est tout un challenge. A l’heure où les champs de coton ne sont plus d’actualité et ou l’émancipation de la communauté noire reste un enjeu crucial, Celestial et Roy ont grandi avec un certain héritage.

 

Celestial a vu le jour dans une famille aisée. Fille unique et enfant chérie, elle devient une jeune femme déterminée, farouche et surtout elle respire la liberté. Une liberté animée par la créativité. Une liberté qu’elle retrouve dans la simplicité du quotidien. Une liberté qu’elle cultive et surtout aime. Celestial n’a rien d’une bourgeoise endimanchée. Elle est elle même juge de ce qui est bénéfique ou non pour sa propre vie.

 

Celestial et Roy, c’est l’improbable. C’est un conte, un rêve de gosse à l’image de La Princesse et la grenouille.

 

Roy a grandit dans une famille qui s’est battu pour lui offrir un avenir meilleur. Chaque centime était économisé.Chaque sacrifice était sacralisé. Roy est devenu un de ces play boy qui se la racontent. Séducteur mais avec des principes, il devient un homme éperdument amoureux lorsqu’il croise Celestial. Un coup de foudre (pas sur Nothing Hill), mais une rencontre fracassante une de celle qui reste gravée à tout jamais dans chaque cellule.

 

Celestial et Roy ont tout pour s’aimer : de l’ambition, des projets, de l’argent, du soutien et de l’inventivité. Seule ombre au tableau parfait : ils sont noirs et Dieu seul sait qu’en une seconde leur vie peut basculer en enfer. Roy victime de l’injustice et du temps, voit sa vie partir en lambeaux auxquels il se raccroche désespérément. Des années défilent et l’espoir perdure comme une étoile scintillant au dessus de cette cellule grivoise, témoin d’une longue et douloureuse agonie.

 

Portrait intimiste d’un couple bravant d’éprouvants aléas, UN MARIAGE AMÉRICAIN m’a séduite. Entre passé, présent et futur, Tayari Jones met sa plume au service d’une cause judicieuse et nécessaire. Racisme et injustice se confrontent à l’amour, la passion et au temps. Ce temps qui s’effiloche emportant ces graines semées le jour de la cérémonie de mariage. Ce temps qui s’inscrit dans chaque ride, témoin de cette décrépitude. Le respect et la famille sont au cœur d’un déchirement profond.

 

Pamphlet d’une histoire mélodramatique ravageant les liens puissants d’une famille, d’amis et d’une femme. Ce sentiment d’impuissance et d’inutilité face aux mépris, à l’abandon et la à résignation. Ce sentiment éprouvant que les mots frappent, endurent, crient toute la rage, le désespoir et l’espoir dans un souffle brûlant. 

 

Si les branches de cet arbre (sur la couverture) représentent une multitude d’avenir, le tronc, lui, le mariage, les racines, eux, le passé et la coupure le présent. (Comment résister à cette symbolique ?).

 

J’ai succombé à la plume de Tayari Jones. Toute à la fois délicate et éprouvante, elle m’a touchée en plein cœur. J’ai dévoré chaque mot, chaque ligne, chaque paragraphe, chaque chapitre. Un livre où il est difficile d’être insensible. Un thème puissant porté par cette volonté de magnifier le bouleversant en lumineux.

 

Il y a trop de mystères qui nécessitent des explications. c’est en substance ce qui me dit Big Roy en me coupant les cheveux, ce lundi après-midi. N’ayant pas de tondeuse, il employait la méthode traditionnelle : peigne et ciseaux. Le claquement des lames résonnait dans mes oreilles, me rappelait le temps où j’ignorais qu’un garçon pouvait avoir plus d’un père. Un temps où les noms sur la page de garde de notre bible racontaient toute l’histoire, un temps où  nous formions une famille de trois personnes
Roy (page 254)

 

 

J’avais trouvé un moyen pour ne pas sentir la douleur : je pensais à Celestial et moi. Nous nous étions crus capables de surmonter cette calamité. Nous avions cru pouvoir nous en sortir par la discussion, par le raisonnement. Mais, de même que Roy avait payé pour ce qui était arrivé à cette femme, quelqu’un allait devoir payer pour ce qui était arrivé à Roy. Il y a toujours quelqu’un qui passe à la caisse. On dit qu’une balle ne porte pas de nom de sa victime. Eh bien, je pense qu’on peut en dire autant de la vengeance. Et peut-être de l’amour. C’est une tornade mortelle qui frappe au hasard.
Andre (page 377).
 
Une chronique de #Esméralda
 

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